Texte écrit et lu par Michel Bénard, poète, peintre et Lauréat de l'Académie Française
lors de la Remise du Prix Alain Lefeuvre à Ode
le 16 mars 2011 à la Société des Poètes Français à Paris



Debout : Michel Bénard
Assis : Vital Heurtebize, Président de la Société des Poètes Français
 



 

Ode, Prix Alain Lefeuvre 2010.

 

Recueil «  Le Fleuve donne naissance aux Enfants des Étoiles. » 83 pages Editions Les Poètes français.

 

Il me semblait nécessaire pour le bon déroulement d’une journée d’intérêt  comme celle-ci de restituer l’importance d’un poète de l’envergure d’Alain Lefeuvre dont le prix prestigieux couronne aujourd’hui la plasticienne et poétesse Québécoise Ode, pour son recueil porteur d’un si beau titre «  Le Fleuve donne naissance aux Enfants des Étoiles » qui à lui seul vaut déjà un poème.  

Avant de nous imprégner de cet ouvrage il me parait judicieux de retracer sommairement le cursus de Ode qui, à l’origine possède une formation en arts plastiques. Elle est titulaire d’un DEC en arts plastiques, d’un baccalauréat et d’une maîtrise en arts plastiques et pédagogie émanant de l’Université du Québec à Montréal.   

Ode expose régulièrement au Canada bien entendu mais dans bien d’autres pays également. Ses œuvres entrent dans des collections privées, ainsi que dans des musées d’art moderne.

Au cours de l’année 2000 elle est inscrite au Patrimoine du Canada, parmi les artistes reconnus en art visuel section Histoire de l’Art.

Son œuvre est d’orientation abstraite, tout du moins en ce qui concerne la période actuelle, ayant pour thématique principale : l’Archéologie Imaginaire sujet dont l’esprit se retrouve dans ses écrits.

Ode est fascinée par l’histoire des civilisations, des mythes et légendes, de l’origine de l’humanité au travers de la fonction de la femme, c’est pourquoi l’expression abstraite en technique mixte est symboliquement parfaite pour recréer une interaction entre l’art et le sacré. En résumé, une création d’icônes modernes où l’image tend vers le Divin !

Ode joue sur l’accumulation d’éléments premiers ou de scories anciennes qui servent de matériaux à la construction d’œuvres cohabitant avec le présent.

Cependant il faudrait une approche particulière de son art afin d’en pénétrer les arcanes, mais pour l’heure quittons le graphique et la matière pour rejoindre les nuances du verbe par les jeux de l’écriture poétique.

Ode, dont multiples cordes font vibrer son extrême sensibilité, dans sa peinture, sa poésie, mais également dans sa vie où elle est toujours en équilibre sur un fil tendu entre deux mondes, s’est toujours interrogée sur le mystère des origines de l’humanité, plus précisément sur le rôle de la femme à travers l’Histoire à partir du mythe de Pénélope qui élaborait son  ouvrage pour le défaire ensuite jusqu’à tenter de recomposer ultérieurement sa propre identité.

A la symbolique de la femme « Mère » porteuse de l’histoire originelle, se conjugue l’incontournable impact du temps humain.

C’est au cœur de cette interrogation permanente où l’Histoire ne révèle pas tout, que commence la quête personnelle et spirituelle de notre amie.

Ainsi par superposition elle réinvente ou décline de nouveaux mythes, fouille dans son imaginaire, découvre de nouvelles stratifications, s’attribue une âme d’archéologue de l’onirisme, compose comme le stipulait, Carl Jung, à partir d’images primordiales ou de résidus archaïques et le souligne aussi Levy Brühl ; « …/… des images symboliques qui permettent au moyen de la création de traduire le monde intérieur…/… » 

C’est bien de cela dont il s’agit comme Ode nous le confie elle-même en disant ; « …/…comme je suis disponible…/… », entendons par là intérieurement, psychologiquement ; « j’ai cette tendance naturelle à créer des symboles, à transformer les objets et les formes, afin de leur donner une expression artistique faisant appel au sacré. »

 « Je produis  des objets de culte imaginaire …/… » Ici il s’agira de poèmes.

Le décor est planté, Ode nous situe au cœur de l’émerveillement de la magie et des songes archéologiques où flottent quelques variations prophétiques et invitations à quelques célébrations et rituels à la fois ancestraux et contemporains.

Notre poétesse progresse comme sa Pénélope, point par point dans l’énigme de la poésie, elle tente de se faire dentellière du verbe.

A ses cotés nous partons pour un voyage tout en transparence, au rythme des battements du cœur d’un grand fleuve qui remonte vers les paysages évanescents de l’enfance.

Ce long fleuve est en quelque sorte le liquide amniotique de sa création poétique. Dans la vie comme dans l’acte de poésie Ode se place en attente d’Amour universel et se consume de désir dans la paix bleue du silence.

Elle s’octroie la liberté d’ouvrir les portes aux interdits, au vent du malheur pour mieux semer le bonheur. Elle se laisse porter par son grand fleuve vers l’inconnu, pour peut-être y découvrir un autre monde, qui serait rempli de musiques nouvelles, de couleurs inconnues.

L’écriture de notre poétesse est fluide, riche, libre, elle se fond dans une musicalité légère qui élève encore plus haut sa pensée.

Dans ce recueil, le fleuve est l’objet de tous les espoirs, il emporte dans ses méandres et ses flots mystérieux tous les songes, il relie les sources antiques aux eaux du silence protégeant les amours complices.

Consciemment ou non, Ode entretient une sorte de symbiose chamanique, jouant avec les éléments essentiels, l’eau, la terre et le feu, piliers de toutes les mythologies.

Autre pilier s’élevant vers le ciel comme une arche gothique, Ode, voue une dévotion autant charnelle que spirituelle à l’Amour, elle lui fait offrande et allégeance, dialogue avec, lui demande un peu d’attention, en prêtresse  elle s’y consume doucement pour mieux s’abandonner dans les cendres d’une nouvelle aurore.

Cet amour réel ou virtuel, elle l’aborde autant en peintre qu’en poète, elle lui donne des nuances, lui invente des senteurs, elle le voudrait solide, mais intérieurement elle sait qu’elle sculpte un château sur le sable.

Sur l’amour une interrogation se fait récurrente, lorsqu’il fût fort, torride et qu’il n’est plus qu’un lambeau de souvenirs, la question demeure en suspend. A-t-il vraiment existé ?

Ode se plait à méditer dans les chapelles des temps immémoriaux, elle jongle avec les symboles réinventés où elle place ses clés pour reconstituer une nouvelle icône sacrée.         

Ode nous situe toujours dans une sorte d’entre deux, comme la musique du silence ou la présence de l’absence.

Le monde parfois nous semble dépouillé, fragmenté, incomplet aux lois de notre cœur, alors comme une brodeuse des nuits, une archéologue éblouie, elle s’essaie à la reconstitution de ce puzzle indéfini.

Ah, comme il serait simple, si d’un unique coup de pinceau il était possible de recoloriser le monde, l’embellir en lui restituant une note personnelle.

Après reconstitution partielle de ce monde, Ode se tourne vers l’univers, vers les rayonnements cosmiques, les influences cosmogoniques, où Tout est Un et Un est Tout. Elle entreprend son voyage au cœur du temps indéfini, du grand chaos initial, voudrait bien décrypter le profond mystère du cercle rouge.

Comme la gardienne du temple elle regarde l’univers comme une grande cathédrale.

Nous percevons dans cette œuvre un souffle, panthéiste, voire animiste !

Notre amie s’exprime dans un langage élaboré, raffiné, limpide, bien structuré et parsemé de singulières visions, de surprenantes métaphores.

Les textes sont attractifs autant que séduisants, nulles lassitude à la lecture, ils coulent pareille au grand fleuve, lentement, sereinement, secrètement, puisement.

C’est un hymne universel, une osmose alchimique, une fusion absolue où la poétesse est entièrement plongée dans ce fleuve cosmique originel de sa source à son delta ! Un hommage à l’amour global en marge du temps. Tel est l’idéal poétique et artistique de Ode.

Toutefois en conclusion sans doute est-il sage de souligner que tout idéal est le plus souvent battit sur un rêve sublimé, sur une utopie qui est toute la structure d’une vie !

 

Michel Bénard.
Lauréat de l’Académie française.
Chevalier dans l’Ordre des Arts & des Lettres.

     

 

 

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