I


Du Fleuve, des amours et de l'ombre...




Silencieux
Regarde le soleil couchant
Les fenêtres de la nuit
S'ouvrent lentement
Sur les amours dévêtues
Et jusqu'au petit matin
Des regards vêtus
De joie et de désirs assouvis


Sur la longue route du Fleuve
L'immensité largue les plumes des goélands
À peine sortis de leurs rêves
Dans la diaphanéité du jour
Où chantent déjà toutes les promesses
Qui remontent sur les vagues du silence
Jusqu'à l'ombre des saules pleureurs
De mon enfance


Mon amour a-t-il posé pied sur ces rivages ?
Il est fort comme les cimes du Fleuve
Ses discours parcourent la vallée de la chair
Ses bras sont troncs d'arbre
Il m'appelle, me donne rendez-vous
À la caresse de ces rives
Passera-t-il par ici mon amour ?
Je l'attends à l'ombre du saule pleureur




II


De l'espoir et du vent...




Derrière les portes closes des interdits
Dans la sphère nouvelle brodée d'étoiles filantes
Sur la planète bleue
Transformée en strates de feux
Le silence crie
Les cris se taisent
Sur ces jours sans étreintes
De la haine qui couve


Il faut semer l'Amour
Paré de perles de rosées
Aux symphonies réinventées
Comme herbe tendre
Sourire de la source
Déchirant les voiles de la chair,
Du désir, des mensonges
Et des maquillages


Le vent emportera le malheur
À la dérive de l'infini
Le ciel ouvrira ses écluses
Et l'eau céleste le délavera
Jusqu'à la tombée du bonheur
Le soleil asséchera les nuages
Jusqu'au sourire de l'enfant
Qui oubliera ses chagrins




III


De l'attente et du doute...




Et je continue à chercher mon amour
Si vous le voyez, dites-lui que je l'aime
Que sur le chemin des songeries
Mes mains de lunes créent ses nuits
Que je l'attendrai aux matins du Fleuve
Assise sur les galets brûlants
Mon regard posé sur le vol des goélands
Et le tangage des voiliers


La plainte du Fleuve
Ouvrira-t-elle nos jours ?
Je vois les étoiles hésiter
Dans mon regard, des larmes
J'ai tellement crié ton nom, amour
M'as-tu entendu ?
Mes nuits m'enivrent de désir
Mes matins, comme vagues, déferlent sur toi


Le seuil du temps sera-t-il assez vaste
Pour nous deux, amour ?
De l'usure de l'attente
Au froid des solitudes
À la brûlure du désir
Le silence des mots des toujours
Et des secrètes douleurs
Nous laisseront-ils muets ?




IV


De la hâte et du Fleuve...




Long le chemin des retrouvailles
Longues les nuits à ta rencontre
Fiévreux le désir au bord du Fleuve
Au soleil qui brûle mes paupières
Le fil d'or se fait de plus en plus mince
Il relie les chemins des amants
Hâte-toi, il risque de céder
Le vide guette ton pas


Je ne te connais pas, amour
Mes yeux n'ont jamais vu ton visage
Si je te rencontre un jour
Le chemin sillonné disparaîtra
Dès que tu me prendras dans tes bras
Et j'écoute le son du Fleuve
Y monte une symphonie inachevée
À faire pleurer tous les violons


Ma main caresse la vague
Mes pieds baignent dans l'eau
La musique continue sa plainte
Si tu sais écouter, tu l'entendras
Au fond de ta nuit mésopotamienne
Laisse-toi bercer
Le Fleuve te fera le récit de ses amours




V


Du jardin secret...




Dans mon jardin secret
Je t'ai vu mille fois
À la peine des jours
Ton front penché, soucieux
Je n'ai pu voir tes yeux
J'ai vu aussi le chrysanthème
Au chagrin du vent qui court
Aux nostalgiques champs des regrets


Je t'ai vu aussi tenant ton calame
Parlant des saisons qui s'entassent
Inventant de fluides présences
Et des promesses qui ne seront jamais tenues
Je t'ai vu assis sur le mont du Fleuve
Géant et seul
Sur les rives de l'Euphrate
Le silence s'est mis à te parler


Tes yeux, amour
Sont-ils des diamants ?
Et ton regard, amour
Est-il l'étoile qui attend la nuit ?
Ton sourire met-il de la lumière
Sur tes lèvres asséchées ?
De ton jardin secret
Entends-tu ma déchirure crier ton nom ?




VI


Du temps et de l'eau...




Au rendez-vous de mon enfance
À l'ombre du saule pleureur
Mon Fleuve Saint-Laurent m'est une main de chair
Tel une île, tu es là entre ses rives
Et court, court l'absence
Et marche, marche l'attente
Et flotte, flotte le silence
Vers les marées des ailleurs


Le temps et l'eau, suspendus à l'innocence
Chantent l'invisible sans se poser
Sur les quenouilles qui baignent
Heureuses, sans se douter de la caresse
De la joie et des peines
Des jours qui passent
Poussières des moissons de la vie


Une vie sans rimes
Pour dire les mots oubliés
Les mots d'amour, de haine
Que le vent du Fleuve a emportés
Les fleurs des champs, celles fanées
Résidus des vieilles histoires
D'amours condamnées
Il se fait tard à la mémoire du départ




VII


Du Fleuve, de l'amour et de l'incertitude...




Au désir des jours
M'attendras-tu, mon amour ?
Au jour des moissons
Seras-tu là, mon amour ?
Aux soleils des étés aimés
Nos regards, malgré les saisons passées
Seront-ils fibules à nos hanches
Et saisons nouvelles ?


Nos jours ne regarderont-ils jamais plus en arrière ?
Nos nuits ne seront-elles plus que de feu ?
Irons-nous au Fleuve y baigner les étoiles
Et bercer la lune couchées sur les vagues ?
Embarquerons-nous sur le voilier aux ailes blanches
Jusqu'à l'île verte des désirs ?
Marcherons-nous côte à côte sur la grève
Cheveux au vent des amours complices ?


Dénouerons-nous les rubans des pudeurs antiques
En offrande aux Fleuves de nos vies ?
Nous laisserons-nous aimer par la terre
En hommage aux labours féconds ?
Le bonheur voudra-t-il venir avec nous
Porté sur les ailes des oiseaux fous ?
Irons-nous au petit matin jusqu'au Fleuve
Pour entendre remonter le silence ?


Irons-nous ?




Ode
3 avril 2003







« Barques sur la grève » de Claude Gaveau©




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