I

Du Feu...


Je viens te parler de mon amour
Du feu qui consume
Jusqu'à l'âme de la chair
Jusqu'à la chair de l'âme
Engrossé par les vents venus de loin


Ce feu dont la braise brûle
Les entrailles du cœur
Du corps et des mots


Feu de joie, de chagrins, de douleurs
Feu qui à l'ombre des longues attentes
S'essouffle au fil de l'absence
S'enflamme de nouveau
À l'approche de son regard


Ce feu qui s'éteint lorsque la mer se déchaîne
Lorsque son désert atteint mes terres
Ce feu qui me consume entière
Se fait de braises et s'éteint au petit matin



II

De mes terres...


Je viens te parler de mon amour
Qui a conquis mes terres
A donné ses couleurs au printemps
A dévalé mes plaines
Avant même que je ne le connaisse


Le visage de mon amour
Est aux odeurs de mes rêves
Des hautes herbes de mon enfance
Ancré en moi avant même ma naissance


Il s'est roulé dans mes fleurs sauvages
Reposé à l'ombre de mes arbres
Il a marché mes forêts boréales
A sculpté des châteaux de sable
Dans les aires de mes sept ans


Je viens te parler de mon amour
Je l'ai rêvé avant même de le reconnaître
Venu des temps anciens
Un jour, il est venu à ma rencontre



III

À mon amour...


Que je te parle, amour
Laisseras-tu tes lèvres asséchées
Absentes aux miennes
Jusqu'à la fin des matins du monde ?
Laisseras-tu mes terres craqueler
Retenant la pluie de tes larmes ?
Laisseras-tu le feu les raser
Jusqu'à devenir terres brûlées ?


Me laisseras-tu sans réponse, amour
Comme tu l'as fais dans tes toujours ?
Le dialogue des amants se fait jour


J'ai posé mon âme sur la tienne
Tu l'as accueillie à âme ouverte
Jusqu'à allumer les feux du ciel
Jusqu'à embraser mes plaines vertes


Et mon corps qui tend vers toi
De l'heure bleue à l'heure bleue
Ne sens-tu pas poindre le jour
Ce jour attendu de ton retour ?



IV

De l'Amour et des Odeurs...


Que je te parle de mon amour
Il court avec moi sur le sable
Il est mon ombre, je suis la sienne
Il a redonné vie à mon corps
Au jardin secret retrouvé


Au désir suspendu à ses ivresses
Il a posé son regard de feu sur moi
Je suis devenue peau de soie
Neige fondue


Saveurs nouvelles des passions
Braises aux milles images
Qu'il était bon le temps
De la rencontre de nous deux


C'était au temps des chevaux
Qui courraient dans la plaine
Doux souvenirs des tendres aveux
Aux odeurs de la fleur de lys



V

Du Souvenir et de Maintenant...


Que je te parle de mon amour
Un jour a sonné l'heure du départ
Avait-il un visage ?
Je ne m'en souviens plus


Je me souviens du feu qui brûlait
Plus que d'habitude
Le feu qui détruit tout sur son passage
Pour ne laisser que cendres


Finie la caresse du songe
Je me suis réveillée seule
Sur mes terres intérieures consumées
Des mois, des années sans pluie
Sans aucune larme de rosée


Je cours seule sur le sable,
 Ne me reste que le fantôme de son ombre
Ce jour de mai, le feu s'est éteint
Il n'y avait plus rien à brûler
Me reste aussi l'oiseau, me reste ses couleurs
Ainsi ma terre et la pousse d'arbre qui renaît
Me reste le muguet, le lilas
Me reste moi
Que moi et la vie !


Ode

9 avril 2003






Oeuvre : « Sur la plage » de Claude Gaveau©




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