Tribut



Un jour que malgré moi, je cédais à l’ennui,
J’ai relu de Musset les immortelles NUITS.
L’infortuné poète y clame sa souffrance,
Ses tourments, ses regrets et sa désespérance.

Lui qui éperdument quêta le doux partage,
N’a pu de ses amours éviter le naufrage.
Plaie de l’âme, du cœur, affligeante blessure,
Dont il garda toujours la cruelle morsure.

Poète mal-aimé, qui fis pleurer ta lyre,
Tu connus le chagrin plus qu’on ne saurait dire,
Faisant à l’être cher reproches légitimes,
Exaltant ta douleur en des pages sublimes.

Toi qui dépeins si bien ce que l’amour promet,
Tu n’atteignis jamais les célestes sommets.
Tu dus, le cœur brisé, rendre souvent les armes,
Mais que de purs joyaux nous devons à tes larmes.



Renée Jeanne Mignard©







Le Vieux Chêne



C’était un chêne vieux, l’avait plus de cent ans.
Il en avait connu des hivers, des printemps,
Renaissant chaque année à la sève nouvelle,
En donnant plus d’ombrage, et des feuilles plus belles.
Il était des oiseaux le refuge béni,
Et quand venait l’avril, à la saison des nids,
Fraîchement reverdi par Madame Nature,
Il berçait dans ses bras les frêles créatures.

Les premières amours s’y donnaient rendez-vous,
Échangeaient des serments sous son feuillage doux,
Et sur son tronc noueux, pour leur porter bonheur,
Ils s’en venaient graver leurs prénoms dans un cœur.
Il était pour beaucoup symbole de beauté,
Il portait dans ses flancs toute l’éternité.

Et puis, un certain soir, l’homme fit un discours.
-« Il cache le soleil, il nous vole le jour,
Il a assez vécu, tient beaucoup trop de place,
Il faut le supprimer, il faut que ça se fasse.
Ce sera cent fois mieux, pour la communauté,
De construire un parking quand il aura sauté.»-

Alors, ils sont venus. Le chêne centenaire
A combattu longtemps la hache meurtrière.
Puis torturé, vaincu, renonçant à la vie,
S’est abîmé au sol dans un cri d’agonie.
Bien sûr, ils l’ont construit, leur parking. Mais vois-tu,
D’aucuns pensent encor au géant abattu,
Et sur le ciment froid, là où battait son cœur,
Il y a chaque jour un gros bouquet de fleurs.



Renée Jeanne Mignard©







Montbazon



J'aime passionnément notre petite ville,
Le charme de ses toits et de ses rues tranquilles,
Le château tout là-haut avec son vieux donjon,
Et la vierge à l'enfant veillant sur Montbazon.

J'aime le ciel léger des matins de printemps,
Les jardins de l'été au soleil éclatant,
Le brouillard vaporeux des aubes de Septembre,
Et les arbres du bois vêtus de pourpre et d'ambre,
Le calme languissant d'une journée d'automne,
La flambée réchauffant la maison qui frissonne,
Le froid vif et piquant des premiers jours d'hiver,
La neige sur la haie des cyprès toujours verts.

J'aime à me promener au bord de l'Indre sage
Qui reflète en ses eaux le noble paysage,
Et le chant du coucou dans les arbres de Mai
Me met la joie au cœur quand le printemps renaît.

J'aime les poules d'eau, leur course vagabonde,
Et les grands cygnes blancs qui régatent sur l'onde,
Le vigoureux appel des canards effrontés,
Oeil de jais, bonnet vert et jupon retroussé,
Les oiseaux gazouillant dans l'air frais du matin,
Et le doux écureuil réveillant le sapin.

J'aime les randonnées dans les bois d'alentour,
L'église et son clocher qui tinte chaque jour,
Les douces flâneries dans la rue des Moulins,
Et les gens souriants que je croise en chemin,
Le marché du mardi, joyeux et animé,
Et puis pour la Noël le sapin allumé
Brillant de mille feux place de la Mairie.
Ainsi, tous les plaisirs d'une innocente vie
Nous sont offerts ici, dans ce coin de Touraine.

Que le ciel soit d'azur, ou bien qu'il se déchaîne,
Que l'âpre hiver soit rude, et discret le printemps,
Que l'heure aille trop vite au sablier du temps,
Quoique puisse changer la ronde des saisons,
C'est vrai qu'on est heureux de vivre à Montbazon.



Renée Jeanne Mignard©







Le Merle et la Colombe ( fable)



Un merle était amoureux fou
D'une colombe au chant si doux,
Que sitôt qu'elle roucoulait,
Son cœur vers elle s'envolait.
Il était timide, et jamais,
Il n'avait depuis qu' il l'aimait,
Osé lui faire un brin de cour,
Et lui avouer son amour.

Un jour pourtant, il s'enhardit,
Vola vers la colombe et dit :
-"Vois mon ardeur, vois mon émoi,
Voici mon cœur, veux-tu de moi?"

La belle, le prenant de haut,
Lui répondit :-"Vilain moineau ,
Avant que trop tu ne t'épanches,
Ne vois-tu pas que je suis blanche,
Et que ton plumage est tout noir?
Désolée de te décevoir,
Mais tu n'as pas la moindre chance.
Nous avons trop de différences"- .

Un peu surpris par cet éclat,
Le merle pourtant s'entêta,
Et sut si bien vanter ses charmes
Que colombe rendit les armes
Et ne jura plus que par lui.

Ils ont eu quatre enfants depuis.
Deux roucoulants, deux sifflotants,
Et ils s'aiment toujours autant.
Quand l'amour chante sa romance,
Ne parlez pas de différences.



Renée Jeanne Mignard©







Création Ode©

« L'âge d'argent » de Vasiliy Kovalenko©



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