J’aurais voulu annoncer
Le passage d’un rêve marin
Sur la ligne de partage des eaux,
Le temps des signes migrateurs
Sur la mémoire des marbres,
Dire l’étonnement d’un bleu
En préambule à la découverte
D’une enluminure nouvelle,
D’une rivière d’archipels,
D’une barrière corallienne.
J’aurais voulu imaginer
Le mouvement perpétuel
Sur l’alchimie des cercles de feu,
La sphère d’or des étoiles
Sur le dit de la pierre philosophale.
J’aurais voulu rappeler
Que la contenance du cœur
Réside dans un éclat de couleur.
J’aurai simplement voulu demeurer
Dans l’extase de la vacuité,
M’élever sur l’échelle de Jacob
Avec des rêves suspendus
Au seuil de l’île
Des marionnettes brisées.
J’aurais voulu vous dire
L’insolite révélation d’une aile de papillon
Poudrée de lapis-lazuli
Lorsque la poésie se fait chrysalide de beauté.



 

  Des doigts de lumière
Survolent les touches d’ivoire
Dans un reflet de miroir noir,
Chopin est au creux
De ses mains graciles,
Le temps se met en suspension
Dans la fragilité d’une note.
Tout n’est plus
Que légèreté contenue,
Et les gammes transparentes,
Nous font soudain caresser
Une parcelle du ciel embellie
Des doigts de lumière.



 

  Je pose ma lettre
Sur la toile du silence,
Sous le ciel du rêve.
Par l’alphabet de l’inaccessible,
Je laisser palpiter l’invisible.
Lorsque le mot n’existe pas
Il faut le composer,
Lorsque le verbe s’absente
Il faut le recréer.
Je pose ma lettre
Sur un champ d’espérance,
Sous un vent d’éloquence.



 

  Dans l’intimité de la nuit,
Embraser les lettres de vie,
Virevolter en folles farandoles
Pour de secrètes confidences,
Cingler jusqu’au contrepoint
D’une fusion charnelle,
Et vouloir boire ton sang
Pour oindre tes blessures
Jusqu’à pouvoir les guérir.
Découvrir la voix du poème
De l’intime qui s’offre
Comme une incantation
.



 

  Je ferme les yeux
Et soudain tu m’apparais
Dans le bleu d’un vitrail,
Tel un rayon de soleil au couchant
Suspendu aux ailes d’une colombe.



 

  Le temps d’un écho
La note réveille le silence,
Le temps d’un signe
C’est le souffle fugitif qui s’envole
De la transparence des dentelles
Avec les ailes du désir.
C’est le voyage vers les constellations
Sur le clavier de cristal,
C’est le chant éternel,
La symphonie inachevée,
C’est l’amour d’une partition poétique.
C’est le prélude à la nudité de l’âme,
Qui redevient lumière
.



 

  L’écriture délie les cris du monde,
Réveille les silences,
Ses signes s’impriment sur l’invisible.
La trace interroge la forme,
La lettre s’incruste
Sur un fond de feuille d’or
Sous un ciel de rêve.
L’alphabet se fait inaccessible
Pour mieux chanter l’inaudible.
Lorsque la lettre s’érode
Il faut la recomposer,
Lorsque le verbe s’absente
Il faut le recréer,
Et c’est le soleil qui s’enlumine.



 

  Lorsque les songes s’effacent
Dans les premières lueurs d’aube,
Que la beauté prend naissance
Au frémissement d’un éclat de lumière,
Il nous faut prendre alors la route
Pour renouveler les nuances de l’âme,
Oublier les grisailles coutumières
D’une civilisation au seuil du néant.
L’ouverture d’un premier chemin se profile,
Le voyage vers l’inconnu du destin
D’une péniche dans les brumes,
Frète des fragments d’éternité,
Des zones d’ombres,
Des balles de sèves et de pollens.
Il nous faut poursuivre alors la route,
Oser un pas vers le bleu de l’éternité,
Deux, vers les promesses de l’ailleurs,
Ecouter la partition du silence
Et de la symphonie du monde.
Ils te diront les mystères du cœur
Et l’espérance de l’homme
Dont le corps est un temple vivant.



 

  Porteur du cœur de semeur
Confiant à la terre
Les promesses de ses graines,
Accepte ma première lettre d’âme
Que je dépose au creux de ta main,
Afin que tu lui insuffles la vie
Jusqu’au devenir de la poésie.
Nos songes nous ressemblent,
Nous croisons d’étranges contes,
D’inexplicables phases d’extases,
D’inénarrables jeux de voluptés.
Puis comme sur un parchemin
Je place sur ton sein
La parenthèse de lumière,
Pour qu’elle éclaire et préserve
Le lait de notre liberté.
En ce pays de l’imaginaire
L’union de nos chairs
Se veut pendant d’une prière
.



 

  Pour avoir posé son échelle
Sur le fil de l’incertitude
Dans les brasiers de la nuit,
Son corps n’est déjà plus
Qu’une ample tragédie,
Son visage a déjà rejoint
La trame des étoiles,
Toute la grandeur
Et l’abondance de son cœur
Résident dans les épines
De la couronne christique.
Alors, le mystère de la lumière du verre
Jaillit soudain en faisceaux irisés
Sur les chemins des constellations.
Par simples nuances d’amour
La musique de sa voix
Dépose sur ce monde lapidé
La douceur d’une brise humanisée.



 

  L’accordéoniste.

Le fardeau quotidien s’allège,
La fracture temporelle s’estompe,
Sous l’ensorcellement des doigts accordéonistes.
Miraculeusement, nous sommes transportés
Par l’ivresse d’un tourbillon,
Où défilent mille images emportées par le vent
Qui se déposent sur la couleur des saisons,
Sur les pages froissées de la vie,
Sur le zinc d’un bistrot de Paris
Ou dans la lumière d’une place d’Italie.
Les chromes et les boutons nacrés de l’accordéon
Lancent des gerbes d’éclats,
En distillant les amours passion
Et celles de la déraison.
Les pavés luisants de la nuit
Résonnent du pas des femmes,
Contiennent leurs sillages parfumés.
Tourner, tourner, tourner…
Jusqu’à l’embrasement de la chaleur d’un baiser,
La douceur d’une caresse, l’émotion d’un enlacement.
L’héritage musical ouvre ses gammes sur le monde,
S’accroche au revers de la mémoire
Comme un signe d’espoir.
Mais déjà, la dernière note retombe
Sur la mouvance d’un corps et d’une âme
En état de questionnement !



 

  Effleurer silencieusement l’infini,
Déplacer l’ordre du temps,
Revisiter les livres de pierre.
Du symbole à la lettre
La poésie de l’intime
Prend forme d’une passerelle,
Ses couleurs abhorrent
L’aura d’un miracle.
Sur les brasiers de nuit
Les pénitents avancent pieds nus.
Penseur en liberté, je me surprends
A servir la messe du renoncement,
A oublier le temps des catacombes,
Mais à croire aux résurgences de la vie
Et à découvrir les beautés d’un diamant
Dans une veine d’ambre.



 

  Au milieu d’un monde désert
Vous voici devenue
La source rare et précieuse,
Signe prémonitoire,
Céleste liturgie,
Vous êtes la femme
D’une naissance nouvelle,
Un ciel en transfiguration,
Un profond silence complice,
Le rite du sel et de l’écriture
Dans un regard partagé.
Au milieu d’un monde désert
Vous voici devenue
Le lien de la source du sang.



 

  Au banquet céleste
Les vagues d’ombre s’invitent,
S’épandent sur le silence
Pacifié d’un drap de lin,
Où repose l’énigme
De la courbe d’un corps.







Michel Bénard© 2011




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