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L’Oiseau, lyre de l’esprit
La peine déchire ses mots
Il est un rayon fugace
Un sourire de dépit
Richesse d’un fond de nuit
Qui tâtonne aux plaies
De mes soucis
J’ouvre la fenêtre
Pour qu’il s’envole
L’Oiseau, lyre de l’esprit
A son corps de plumes
Tout taché d’humeurs
J’attache mes écrits
Une sorte de fluide
Le soulève alors
Et fait battre son cœur
Sis dans ma main
Je lui transmets
Tous mes rêves et féeries
Il est ainsi fait
L’Oiseau de mon esprit
Fragile et fort à la fois
Toujours prêt
A s’envoler au loin
Pour porter la vie
© Jean-Jacques REY, 2005
~*~
Vif obscur
Remontés à l’extrême nuit
Nos angoisses et nos préjugés
Remontés des draps tirés
Sur notre orgueil vain
Au sein des profondeurs
Reviennent les trombes
Livrant aux montagnes de rêves
Leurs instincts des lois d’airain
Comme un vol de mouettes
Nos idées habillent nos lises
Pour se retrouver sans effets
Dans les forêts de l’envie
Des parts de ces zones d’ombre
Chaque existence nourrit ses chances
Immense respiration excitant
La fosse aux sens au clair nuement
© Jean-Jacques Rey, 2004
~*~
Course au marais
D’aigue-marine sont les tentures des charmilles
Céladon rhubarbe alanguissent l’aquarelle
Et une barbiche surnage comme chlorelle
Dans ce flou bouteillon de chlorophylle
Le sinople s’effiloche en mousseline
Et argenté de moire, feutré d’émois
Papillote aux rétines, nubile minois
Effleurant le front d’une joue d’agneline
Sur la cardamine une prêle se dandine
Et s’amourache des pastels d’une bourrache
Qui sur le tilde vernissé des mâches
Frémissent enluminures dans serpentine
Au pas qui s’enfonce, l’œil se penche au fond
Vole sur l’enguichure des lapis graciles
Ce myosotis ondoyant de grappes de cils
Qui font chorus aux trinquettes des surplombs
Cirses et panicauts éraflent agressifs
Le mollet imprudent qui les bouscule
Et claironne mutin un édicule
Sur le liseron, calice blanc lascif
Le pas s’envole et l’œil court au sol
Se déploient les fantassins du marais
La laîche décharnée au fil acéré
L’arroche et ses fers d’hast en banderole
Se courbent des tonkinois sur la rizière
Phragmites jouets d’un zéphyr malicieux
Et l’un vacille sous l’irrévérencieux
Martin la comète, zircon des vasières
… /…
Puis tout s’est tu, grenouilles et grillons
Et le goéland regagne sa laitance
Un intrus tour de Babel là s’avance
C’est un étrange pérot qui taille sillon
Une souche fuse dans l’eau, Atalante farouche
L’ondatra plonge dans les macres et lentilles
Et la terre tremble et l’écran des joncs cille
Antée est là qui sur la verdure près louche
Un béryl sur l’iris, à sa face pâle
Oscille sur son yatagan, enchâssé
Pupille de Chloris clignant, agacée
Du malhabile Actéon en sandales
Il est immobile, entend sourdre la Vie
Et n’a ô miracle ni fusil ni canne
Le rêveur, voyeur du bain d’une houri
Une Mère aussi, et dans l’herbe s’empanne
Mais hélas sur le marécage sauvage
Planent les cannibales de l’immobilier
Sots promoteurs des plus insanes pillages
Et destructeurs d’écosystèmes entiers
© Jean-Jacques REY, 1982
Création Ode©
« Vol de mouettes au coucher de soleil » Port-Joli, Québec. Ode
2005©
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