Poème d’amour


Quand je la saisissais
Et qu’elle se plaquait
Émue de la lancée
J’ai appris à dessiner
Dans la corbeille de ses hanches
D’ineffables mouvements
Sur les fleurs de son âme
J’ai connu ces envoûtements
Chaloupés dans les étoiles
En buvant à son visage
Et j’ouvrais les vannes
En la serrant très fort
Je sentais ses formes
Qui m’épousaient
Et m’entraînaient
Nous tombions à pic
Dans un abîme de bonheur
Déjà unis au grand livre ouvert
Ensuite, je la déshabillais

~*~

Je me lovais et me glissais
Dans elle qui m’appelait
De toutes ses forces
Je caressais et je frottais
Toutes ces pages à son centre
Puis jetant mon ancre
Sur sa clef de voûte
J’imprimais mon ressort
Sur ses lèvres humides
Au bas de son ventre
Je roulais mes vagues
Sur sa poitrine rebondie
Il y avait invariablement
Un grand plaisir
Qui s’en allait du sein
Dans un déchirement de soie
Et nos chairs bénies
S’étalaient flapies
Nous dormions
L’un dans l’autre
Voluptueusement enlacés
Et le lendemain
Tout recommençait
L’oubli était impossible



© Jean-Jacques Rey, 2004


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Désir


Quel est donc ce désir
Qui favorise tous les mots
La justice dans tes yeux
S’en repaît
Ils battent au vent cinglant
Dans les voiles de ton corps
Qui t’entraînent au gré des idées

Les mots ont du désir
Qui tourbillonnent en phrases
Longues à décider
L’esprit en feu
Ils marquètent sous nos pas
Les sables de la réalité
Où s’enfoncent nos consciences

Les mots délivrés
Caravelles de nos âmes
Lancés à la poursuite
Sans merci
Fondent les cités
Mille-feuilles du désir
Où résonnent les symboles

Le désir vivant par les mots
Atteint le seuil des raisons
Levées en rideau
Il s’enroule
Épais à leurs pieds
Vagues infinies
D’un éternel retour

© Jean-Jacques Rey, 2004


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Bords de Mer


Adelante s’égosillait le raté
Je veux devenir quelqu’un dans la vie
Et il descendit l’escalier face au défi
C’était l’aube du printemps résolument fêté

Dehors le boss-bitord était gris de rage
Cousait des sacs et s’étouffait dans ses cris
Le mal-hôte passait pour un mistigri
Le compte y est pour maigrir, triste carnage

Des lampions éclairaient la vitre sale
Je serai un mâle disait le lampiste
Force bien née, que personne ne se désiste
Les forts en gueule ont leurs cours de chorale

Sur ce port d’amertume, j’ai trouvé le courage
Des petits bris, des petits bruits sans mépris
Des petits riens, des petits liens sans être pris
A la maussade, j’enlèverai son corsage

La tête enfouie dans les seins
Creusez s’exclamait l’empaffé
Et la foule riait de le voir s’esclaffer
Il dressait des poils comme l’oursin

Dans ce port chambarde la marée
Et les gros ventrus sont sur la quille
Ventres forts des sardines qui se maquillent
A la hue à la diable tanguent les soirées

Les mâts sont des forêts, épiez
Un vol de mouettes rie dans l’azur
Et plonge ses grains blancs dans le mur
Monsieur le goéland lui traîne à ses pieds


~*~


À la chaloupe forcent les rames
Des bonnets et des buffets fume une tirée
Dans le grand bleu qu’ils disaient les désirés
La Mer à chacun est son sésame

Le port est dans le gosier, c’est l’été
Il fulminait le grand dieu des tempêtes
Ces braille-petits partent à la crevette
Pendant que des gambettes s’étalent à la jetée

Il y a des flamands roses aux pieds de grue
Dans les vaguelettes qui s’éclaboussent
Une diaphane et une Zorra-la-rousse
Dans leur fraîcheur, des poses à prises de vue

Et fallait-il croire le chef de baie
Quand il disait derrière ses verres fumés
Que la planète s’enivrait parfumée
A la mousse du côtier, source des bienfaits 

Finissons-en, frémissez vite
En arrière toute La copine devint soute
Roule sur le pont comme une déroute
Le particulier est au voyage qu’il mérite


© Jean-Jacques Rey, 1997


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Mer (II)


Poissons, ides d’argent
Grappes et virgules
Vous filez dans ses voies
Parfois dans les hymnes
Parfois dans les dérives

Il y a par là des émois
Dans la féconde qui met rubicond
La note salée et des âcres au palais
Le temps dans un espace
Et l’éternité qui perd vos idées

Parfois mulâtre, parfois turquoise
La Téthys si nourrice se pavane
Tour à tour narquoise ou impavide
Majesté colérique ou mère attendrie
Reine ou marraine des libertés

Quiconque triche avec Elle
Sot, est un mort en sursis
Aux autres, Elle accorde l’espoir
Sinon les rêves sur la braise
Toujours ennoblis pour la vie

C’est la limite et l’ouverture
Sur l’horizon, le trait d’union
Qui nous relie et souffle au délit
Se délier et s’affranchir
Des mornes juges ou des tyrans

Et quand Elle a décidé
Elle reprend, nul n’est immortel
Mais tout peut renaître
Il est ainsi sur Terre
Elle commande et on lui obéit

~*~

Certains verront en Elle le destin
Derrière Elle, la main divine
D’autres l’admirent pour sa raison d’être
Au carrefour, à la réunion des grands hasards
Elle fut un miracle, il est ainsi !

Souvent, petit brin, je m’inspire
Humble, j’aspire son message
Naissance, mélopée de puissance
Je vibre, harpe sur ses vagues
Et m’endors à son rythme

Ceux qui l’aiment, la craignent aussi
Moi j’ai confiance en Elle
Car la Mer est aussi la justice
Comme il sied à l’Origine
Largement au-dessus d’une humaine !


© Jean-Jacques Rey, 1999


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Mer (VII)


Château d’opale
Couchant d’étoiles
Ombres chinoises
Bel été au chaudron

Tapisseries elliptiques
Hémicycle, oasis
Aux rivières de nacarat
Courbant à l’horizon

Sont-elles là nos envies
Lèvres qui s’entrouvrent
Dans ce Léthé des bateaux
Belles envies de l’été

Intimement lié, fait l’amant
Un frisson, un sage pendule
Qui pend au firmament
A tes seins, pendu court

Entraînée à tes bancs
L’attrape-mouches à son coût
La sueur se fait bourre
Aux larmes de tes gants

Chantres et chercheurs
Aux vents de l’unisson
Cherchant les mots d’avant
Y montent au crêt des lois

Myriade des couleurs
Où puisent les frondeurs
Enchaîne les mercis
Aux rondes des enfants

Dans la couronne des safrans
Énorme immortel
Honore la paix sereine
De l’incompressible aimant
.

© Jean-Jacques Rey, 2000


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Charente


Rives d’un fleuve
Perdu en détours
Plongée dans les arbres
Au fil sage des prairies
Qui s’émiettent doucement

Dans ses gorges d’eaux
Tourbillons vertigineux
Des nuages s’envolent
Comme celui qui sourd
De la terre en dissolution

Ses méandres boueux
Passent des anneaux
Dans les corps plats
Où nichent les reliques
D’une multitude de la Mer

Aux palpitations de la Terre
Le fleuve haut battement
Se marie avec la Mer
Le fleuve bas nécromant
Se conjugue avec la Mer

Ici surnage le lagan
Qui supporte le fœtus
Il glisse dans cette traînée
Et longe les îles
De sa mémoire

Il retourne à l’onde mère
Sur son nid flottant
Et il s’envolera encore
Vers l’unique vérité
D’un éternel retour


© Jean-Jacques Rey, 2005




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