Mes étoiles filantes…

 

A petits pas d’automne, entre les brumes lentes
Qui donnent à la terre un léger goût de ciel,
Je vais par des chemins qui sentent bon le miel
Rechercher mes printemps et l’âme des absentes,

Mes vingt-ans disparus dans les braises fumantes
D’un temps qui s’est éteint laissant un arc-en-ciel
Dans mon cœur solitaire où dorment au pluriel
Ces soleils devenus des étoiles filantes.

Je les suppose encor quand s’allume la nuit
M’accordant un regard sous la lune qui fuit
Avant de disparaître au bras de la Grande Ourse,

Alors tranquillement, regagnant la maison,
Je peux rêver ainsi que s’achève ma course,
Me sachant attendu derrière l’horizon...




 

 

Les coupeurs de lune

 

Bercée au-dessus de la ville
Par quelques vents comme un doux fruit
Une étoile danse tranquille
Pendue aux branches de la nuit,

Tout semble acquis dans ce silence
Qui nous parle d’Eternité
D’infinis bleus et d’élégance
Qui se balancent sous l’été,

Rien n’est moins vrai car sous la brume
Qui se profile à l’horizon
Dans l’aube jaune qui s’allume
Comme des blés à la moisson

De grands oiseaux coupeurs de lune
S’en vont éteindre dans le ciel
Allant ainsi de l’autre à l’une
Les étoiles couleur de miel,

Fleurs de la nuit, Voix des Poètes,
Que le jour masque de ses peurs
Rendant le monde à ses prophètes
Sous des soleils parfois trompeurs,

Car ces étoiles en poussière
Qui nous rapprochent de la Nuit
Savent déjà que la Lumière
Cache toujours le Temps qui fuit...




 

 

                                       La Voix...

 

Et cette Voix en exil, en attente,
Si ce n’était, faisant réponse à la Nuit,
Qu’un « je t’aime » oublié, amnésique,
Qui reviendrait frapper à la porte de la Mémoire...

Si ce n’était que toi devinée
Entre les mots d’errance
Et les silences profonds,

Gestuelle des signes
Pour une caresse d’âme
Sur la soie des papiers...

Ou l’Absence revenue
Calquant dessous la pierre
Des baisers d’ombres lentes...


Que savons-nous de cette Voix
Accouplée au Silence
Qui résonne de tant de beautés
Et des verbes murmurés,

Si belle parce qu’éphémère
Si douce puisque impuissante
A révéler le trouble...




 

 

                                          Mémorabilia

 

Ici, dans mes mains à l’Enfance,
J’ai cueilli des couleurs au-delà des miroirs,
Et l’âme des aimés que je ne pouvais voir
M’attendait au silence...

J’écoutais la Beauté, sous le regard des pierres,
Chanter tous ces siècles éteints
Où je vécus peut-être avec d’autres chagrins
Sous la même Lumière...

Que suis-je devenu dans le souffle des herbes
Qu’une absence de plus,

Qu’une simple marée entre flux et reflux
Pour conjuguer le Temps avec l’âme du Verbe...

Tous les hasards du cœur, au désordre des flammes,
Se rassemblent ici, brûlant du même Feu...

Et, te sachant aimée, en devinant tes yeux
Je contemple mon âme...

Je comprends à l’Instant l’immobile Beauté
Qui s’ancre à la Mémoire,

Le battement du cœur qui n’est que notre histoire,
Que le Temps retiendra dans cette éternité...




 

 

Les petits pains d’étoile...

  

A regarder le ciel brûler dans son printemps
Des petits pains d’étoile et de lune bergère
J’imagine parfois une âme boulangère
Aux invisibles dieux qui pétrissent le Temps.

Avec leurs mains de nuit je les vois palpitants
Fabriquer ces soleils que le matin suggère
Couleur de seigle et d’eau quand la brume légère
Enfarine le sol de reflets éclatants,

Inventer des levains pour quelque grand mystère,
Brasser l’orge du vent pour refaire une Terre
Dans des sels bleus marins en cendres de saison...

Des croissants de sommeil me ferment les paupières
Quand dans l’aube de mie en tranches de lumières
Les miettes de mon rêve entament ma raison...




 

 

        Des gouttes d’océan...

 

Des gouttes d’océan frôlent l’âme des choses
Sous les ciels endormis du miroir bleu des vents,
Sur l’île de tes yeux la tristesse du temps
Couvre le matin vert de lentes ecchymoses,

Un silence de paille éparpille l’ennui
Au gré des souvenirs sur la morte-mémoire
Comme si le soleil dansait avec la nuit
Une valse de feu sur la musique noire,

L’eau-forte du chagrin dessine le hasard
En chemins morcelés dans nos rêves d’argile
Fixant sur le papier le flocon d’un regard
Dans la neige des mots devenue immobile,

L’encre muette enfin déshabille la mort,
Rien ne reste jamais que le froid de l’abîme




 

 

                    Exil
 

J’entre dans la lumière du jour
l’âme sanguinolente
et la mémoire éteinte...

L’exil étend ses branches nues
comme une plaie béante
apprivoisant le soleil qui saigne.

Rongés par quelques cris de vagues
mes yeux s’agrippent encore
à des barbelés lointains...

Humant les brumes des cafés
des gens de passage
s’accouplent aux tables des bistrots.

Entre l’île et la terre,
entre l’écume et le vent,
je contemple le ciel

maudissant les miroirs
qui me renvoient les mêmes yeux,...

Seuls les cris diffèrent...




 

  Sais-tu ce temps si bleu….


Maman sais-tu ce temps si lointain, si perdu,
Sais-tu ce temps si bleu qui ressemble à l’Enfance
Qu’il nous faudrait le temps d’un baiser sans souffrance
Pour le reprendre ensemble et qu’il soit entendu

De là-haut, de si loin, même en n’y croyant guère…
Nous n’étions qu’un instant et le voilà volé
A ce qui ne s’est dit, comme on porte exilé
Ce deuil d’éternité sur tout notre éphémère…

Maman pleurer n’est plus, tant je la porte en moi
Cette pluie qui te cherche aussi loin dans la terre,
Ce secret d’ecchymose où se plaît le mystère
De croiser l’impossible au bout de mes pourquoi…

Et n’est-ce point t’aimer à travers l’inutile
Que de dire ces mots comme un peu d’oublié
Au poème du vent que le vent a plié
Dans son vol de chagrins dans mes mains en argile

Qui reviendraient sculpter l’espace d’un instant
Ton sourire un peu las, ton regard si fragile,
Ton bras ballant d’oiseau qui s’en va, qui vacille
Entre le temps qui fuit et ce qui fait le Temps,

Maman j’ai peine à croire à la Mort tant la vie
Suppose ton regard, et tu me tends la main…
Voilà qu’il se fait tard d’imaginer demain
Tant flottent dans mon cœur des chemins de folie…

Maman je vois l’Enfance à jamais s’enterrer
Qu’il faut cet au-revoir pour affranchir l’Absence…
Novembre a des hasards de mort et de naissance
Qu’on peut rire de tout à force d’en pleurer !!


 

Christian Boeswillwald©

 

 



 




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