… autant en emporte le vent…

 Je t’offre avec des mots dont je fais le partage,
Ce flou, qui s’amoncelle à perte de finir
Et la montagne est bleue et lui rendent hommage
Les herbes de mes jours… en mal de devenir.

 Claude  Gauthier©
      1942 - 2008

 

 


 




Prends ma main


Que veut dire le temps en trônant sur son aire
et dont l'urne coiffée étouffe les rumeurs..?
Que m'importe..! Je suis le vase funéraire
où ton souvenir veille et berce mes clameurs.

Viens, prends ma main, suis moi, j'ai choisi pour te dire,
mêlant à des soleils les vagues d'océan,
Ces bronzes éternels où coule cet l'empire
de mots brandis dont l'arc nous tire du néant.

Ainsi ta coupe est pleine où revient mon calame,
reprenant maintes fois le chemin de l'enclos,
Que la pensée encore, puis encore se pâme,
à force que le chantre y cisèle ses mots.

Où se tient le secret et faut-il qu'on le dise,
ne vaut-il pas plutôt n'en point franchir le seuil,
Le cœur s'en accommode et fait sa friandise,
d'éviter tels aveux où s'annonce un écueil ?

La nuit s'avance et rien parmi les ombres lasses
n'entend par conséquent de souffles emmêlés,
Peut-être es-tu venue et pourtant dans ses nasses,
ma main n'a pu saisir que songes ravalés.

Le jour est là timide et se cache en l'aurore,
te laissant rafraîchir une mèche à ton front,
Que mon soupir n'a pu de si loin qu'il l'ignore,
l'avoir froissée au point qu'il s'y voie un affront.

Ce poème est à toi, je t'en cède l'histoire,
dont l'imaginaire a de quoi s'y abreuver,
Sans dépit, sans remords et ne crains pas d'y boire,
aussi longtemps qu'on a la chance de rêver.


Claude Gauthier©





 

Œillade à un baiser


Dans tes cheveux en ruche où ton œil fait l’abeille,
Poudré de ces pollens qui sentent bon l’amour,
S’affûte l’aiguillon de ton regard qui veille,
De ton regard aimant qui guette le retour

De mon prochain baiser. Il survient et se couche,
Brûlant oiseau d’ailleurs, comme un héron blessé,
Juste au creux délicat, au coin là, de ta bouche.
J’y bois tout l’imprévu de son parfum froissé

Et quand discrètement j’en goutte la fragrance
Un vœu toujours nouveau réveille mes désirs,
Me pousse à l’abandon aux termes de l’errance,
Quand ma vague à ta berge invente nos soupirs.


Claude Gauthier©



 

 



 

 

TOUT LA – HAUT


De pierre en pierre en vol discret
De ronds pigeons à tire-d’aile,
Tout là-haut cousent un ourlet,
Parmi des chemins de dentelle.

Ils font leurs jeux de rayons d’ors,
Dans la lumière qui surfile
Les mille traits de leurs essors,
Au gré du temps bleu qui défile.

Le long tissage en ses atours
Mêle aux granits - trame terrestre -
Du ciel à visiter les jours,
L’intention claire et rupestre.

Ainsi dressés les ostensoirs
Par la main de quelque génie,
Humbles, cèdent leurs grands pouvoirs
Aux choses simples de la vie.

Parmi les vols de pigeons ronds
Où le désir des dieux serpente,
Entre pierres et rayons blonds,
Un ange blanc trace une sente.


Claude Gauthier©



 


 


 

Aimer


ah! j'ai le mal de toi! mais me plaît que ne cesse
la morsure de feu dont toujours il me blesse,
cette langueur d'amour qui me ramène à rien,
cette sans-cesse-mort où je me sens si bien.

tu es mon seul pays, mes champs et mes collines,
mes brocards et mes ors, mes refrains, mes rapines,
tu es mon pain, son sel, mes eaux et leur soleil,
mon réel jusqu'à l'aube et mon rêve au réveil.

la nuit c'est en secret cette autre part de vie
que tu portes en toi, pour que l'âme ravie
je la cherche et la trouve en la quête d'amour,
façon de m'accomplir en attendant le jour.

il te plaît, je le sais, que je te fasse offense
en nos duels secrets. otages sans défense,
nous nous restituons l'un et l'autre sa part,
gages, dons ou dépôts, échanges nus, sans fard.

qu'es-tu soudainement ? s'il advient que le monde
plus tard, doive être lu par un œil qui le sonde,
il verra quelque part la lumière d'un feu:
celui de notre ensemble inscrit dans cet aveu.

sois mon immensité. et laisse moi te boire
quand tu penches ton sein et je n'ose pas croire
que ta sente s'entrouvre en livrant ta cité...
je goûte de l'Amour ses goûts d'éternité.

t'enfuis que je te cherche et déjà je te trouve,
car tes ardeurs ont su sous ma cendre qui couve,
étonner de leurs jeux mon automne surpris,
avalanches d'été dont il se veut épris.

songerais-je à partir ? un souffle de ta bouche
me devient une chaîne et je reste à ta couche,
aussi longtemps qu'il plaît à ton désir vainqueur,
que j'aille lui conter les vœux clairs de mon cœur.


Claude Gauthier©


 

 




 

 

Toi Mon Pays


Tu es mon seul pays,
Mes champs et mes collines
Et dans leurs interdits,
S'affairent mes rapines.

Toi mes quatre saisons, mes printemps mon automne,
Mon été , mes hivers, en eux je m'abandonne !
La terre oubliera-t-elle en un temps ses saisons ?
Tu restes à jamais, mes constantes moissons.

Mon amour te dévêt,
Ma caresse t'habille,
Ton cœur est toujours prêt,
Que j'accoure et te pille.

Toi mes quatre saisons, mes printemps mon automne,
Mon été , mes hivers, en eux je m'abandonne !
La terre oubliera-t-elle en un temps ses saisons ?
Tu restes à jamais, mes constantes moissons.

Je surprends dans tes yeux,
Dont le ciel doux chavire,
Cet appel précieux
Qui m'invite au délire.

Toi mes quatre saisons, mes printemps mon automne,
Mon été , mes hivers, en eux je m'abandonne !
La terre oubliera-t-elle en un temps ses saisons ?
Tu restes à jamais, mes constantes moissons.

En toi ce qui me plaît :
C'est bien ta différence…
Tu guettes mon forfait,
Rêvant à son offense.

Toi mes quatre saisons, mes printemps mon automne,
Mon été , mes hivers, en eux je m'abandonne !
La terre oubliera-t-elle en un temps ses saisons ?
Tu restes à jamais, mes constantes moissons.

Ma Mie entre en chanson,
En ma chanson de geste,
Ne lui dis que ton nom…
L'Amour fera le reste !

Toi mes quatre saisons, mes printemps mon automne,
Mon été , mes hivers, en eux je m'abandonne !
La terre oubliera-t-elle en un temps ses saisons ?
Tu restes à jamais, mes constantes moissons.


Claude Gauthier©


 




 

Puisque...


As-tu dit " âme ma sœur âme " ?
De cet appel j’en garde écho,
A mes braises répond ta flamme,
A mon offrande ton écot.

Quand dans ma main tu reviens boire
Ce qu’elle infuse d’inconnu,
Ta lèvre en frôlant le ciboire,
Dévêt mon cœur et le fait nu.

Lors, puisque ma phrase te touche
Ode, rondo, terza-rima
Alexandrin, sonnet farouche…
L’aime toujours ! Comme l’aima…

Pour moi de superbe importance,
C’est de les savoir tous nichés
Au cœur joli de ton aimance
Et réfléchis par tes psychés.

Après, autour de ma clepsydre,
Il y a tes fouillis charmants,
Tes dits de vins, tes tons de cidre,
Tes contre-jours de diamants.

Tu fais pour sûr bien tes mélanges,
Et quand tu tisses, m’est avis,
Qu’un peu de terre et beaucoup d’anges,
Laissent mes vœux charmés, ravis.

Que mon calame soit superbe
Je n’en sais rien, à toi de voir,
Mais le chêne n’est rien sans l’herbe
Qui le célèbre en reposoir.

Il n’y a pas de grand poète,
De grands poèmes seulement,
A charge pour lui que sa quête,
Le conduise au seuil du moment :

Moment exquis, lorsque l’aiguière
Verse à souhait l’onde qui doit
Unir les sens à la lumière,
Où chacun d’eux comblé s’y voit.

A m’aimer, ton aveu m’oblige
D’être attentif à tout appel,
De m’y porter esclave lige,
Pour en citer nectars et sel.

Et lorsque me viendra l’aurore,
Ayant tressé tant de faisceaux,
Tes rubans les rendront encore
Inévitablement plus beaux.

Souviens-toi de nos incendies,
De nos courses les avenirs,
C’était au bal de nos envies,
Fortune chère aux souvenirs.

Entre mes berceaux et la tombe
Certes, je n’ai pas su glaner,
Tout ce que mon sein-catacombe,
Portait en lui. Et couronner

Tout à la fois les quelques ondes,
Que j’inventais, leurs clapotis,
Entre tes doigts et leurs facondes
Je les sais déjà bien lotis.

Au sortir de mon terrain vague,
Où j’ai trouvé ce ras-de-cou,
Ce bracelet et cette bague,
Chance offerte à moi, sans le sou :

A ton chevet, tout j’abandonne.
Et quelque rêve aidant plus tard,
J’aimerais que ton cœur frissonne,
Au chant d’un vers pris au hasard.

D’un vers et surtout de sa rime,
Qui se veut le meilleur de soi,
Rayon qui vient baiser la cime,
Avant l'envol de tout émoi.

Je te dis là, l’ultime gemme,
Joyaux du temps aux fronts offerts,
Puisque tu sais, " viens ! que l’on s’aime
A tons immergés et couverts ".


Claude Gauthier©

 




 

 

si...


si doit mourir l'amour, s'il advient qu'il expire,
comme choient les épis balayés par la faux,
si je dois m'en aller un peu plus loin et pire,
qu'il s'agisse de toi, suite à de vains assauts,
s'il doit nous arriver de ne plus reconnaître
entre nous deux, les tout premiers messages bleus,
si l'amour doit quitter ce qu'il fit en notre être,
s'il n'entend plus nos dits: "je t'aime et je te veux"...

s'il ne doit plus orner nos fronts de ses guirlandes
et tresser des lauriers à de doux inconnus,
s'il me renvoie aux champs, aux marais à mes landes,
s'il ne veut qu'en la chair lui échappe nos nus,
s'il faut que ta beauté me demeure étrangère,
si je perdais le goût de nos vœux d'avenir,
si le sort me voulait servir la coupe amère,
d'un imprévu banquet dressé pour me punir,

alors, je te le dis, j'en atteste à la terre,
le livre ouvert hier et déjà refermé,
me verrait disparaître et boire en solitaire,
l'âcre odeur de ces riens - triste amour condamné -
ultime la rasade où le cœur nu déplore,
de n'avoir pu cueillir tes soupirs et ton cri,
cette fleur entrevue et que la peur dévore...
vois ! le vase est rompu... je t'en cède ce bri !


Claude Gauthier©


 




 

Le temps de tes choses


Avant les noirs fusains du proche hiver qui rôde,
Larcins d’un bel été, l’automne frappe d’ors
De sanguines, de bruns foisonnants sa rapsode,
Bientôt les froids linceuls toutes neiges dehors.

Au-delà des halliers entre deux avalanches,
J’envoie en émissaire un semblant de souci,
Il dansera, lutin, sur d’insolites branches,
Soucieux de ne pas tomber à leur merci.
Car j’imagine lors, ta marche singulière,
Son lascif mouvement avec le temps qui fuit,
Quand toi, tu reviendras, douce hôtesse oiselière,
Ma constante saison, avant la pleine nuit.

L'âtre est chaude et la braise, à peine colorée,
N'attend qu'un souffle pour encore irradier,
Voici ! La porte s'ouvre et sur sa froide orée,
Je me revois en gueux : que vais-je mendier ?

L'aiguière est prête. Aussi, quand ta lèvre la frôle,
De capiteux parfums me promettent ce soir,
Que des heures durant de l’un à l’autre rôle,
Rouleront feux et eaux sur ton ventre ostensoir.

C'est là que flotte nue avec la connivence,
Tel souvenir amer et tel autre enchanteur,
C'est le toujours-jamais, la désirable offense,
L'instant qui ne ment pas car non plus le menteur.

Ainsi lorsque tu pars et remonte les sentes,
Faisant gémir la neige où s'inscrivent tes pas,
Chaque chose laissée, après que tu t'absentes,
Ne craint - ni moi non plus - que tu ne rentres pas.


Claude Gauthier©


 

 




 

 

TE SOUVIENS-TU…


te souviens-tu quand ta parole
tenait en bride mes chevaux
sous le galop desquels la terre
nous préparait un ouragan
tu les tenais à l’encolure
leur bride arquée entre les dents
puis ayant franchi bien des plaines
et parmi elles ta vallée
remonté les plus raides pentes
tu déployas cette voilure
qui prit ma chair et l’emporta
où se préparent les tempêtes
et j’y volai battant leurs pluies
pour revenir dessus ta tête
et ruisselante te combler
comme je fus
te souviens-tu…


Claude Gauthier©


 




 

Parfaire la Beauté


Laisse-moi
ô laisse-moi ta beauté parfaire
du fruit de ton émoi
t’en prie laisse-moi faire
que ta féminité
soit fille de ton ventre enfin revisité


Claude Gauthier©
 

 



 

 


Moins mais mieux


Si je t’embrasse moins, c’est que j’aime l’attente,
En quoi tel un phœnix nous revient le désir,
Puisque sans frein courir, fait notre envie absente,
Et si vous possédez trop bâillonne le plaisir.

L’appel, ne craint rien tant que cette turbulence
De la caresse offerte et prise à tout venant,
Trop de facilités engendre l’indolence
Puis ami l’on devient à force d’être amant.

Ne t’étonne ma mie, aux basques de ce rêve,
Ce n’est pas un départ, juste à peine un détour,
Fruit de quatre saisons - quand ailleurs il s’achève -
Alchimiste prudent, te reste mon Amour…


Claude Gauthier©
Fin de vie


 


Création Ode©
Illustration de Michelle Bigot©


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