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es philosophes se sont toujours accordés à critiquer les mythes
tout au long de l’histoire, au nom de la bien fondée raison, mais
ils ont, dans le même temps, cherché comme clef de la « métaphysique
» un premier principe, la pierre angulaire, convaincus, malgré tout,
qu’ils étaient de la divine transcendance de ce principe.
Aristote, lui-même, fera appel à la physique pour reconnaître
l’existence d’un « premier moteur de l’univers » auquel est
attaché le nom de Dieu. Saint Thomas d’Aquin, théologien italien,
pour qui la séparation entre la philosophie et la théologie
relativement à la question de Dieu demeurait néanmoins, a opposé
tout de même l’idée d’une « double vérité », le thème central d’une
harmonie entre la foi et la raison. Il fut amené à dire que Dieu
étant l’Être Immuable, donc véritable, se nomme aussi bien Dieu
d’Abraham, d’Isaac que de Jacob. Il utilisera largement, au cours de
son existence, la philosophie d’Aristote, tout en soulignant
l’hétérogénéité du point de vue de la connaissance de Dieu, de la
philosophie et de la théologie.
Dieu, dans la pensée moderne, apparaît comme fait psychologique et
tout à la fois comme un phénomène historique et heuristique relevant
plus d’une explication scientifique qui aurait tendance à rejeter
celle-ci dans le domaine du chimérique. Pour répondre à cette
négation, l’époque moderne a vu se constituer un discours théiste,
qui a de moins en moins recours à la théologie, au sens étymologique
du terme, orientée vers la métaphysique et l’onto théologie. Ainsi
s’opposent au discours athée deux théologies antithétiques. Il
paraît incompatible et absurde de renoncer à l’un et à l’autre de
ces deux aspects, mais il est difficile, aussi, de les imaginer
ensemble, car leurs perspectives sont plus antagonistes que
complémentaires. Il semblerait que tout est régi comme si
l’affirmation de Dieu signifiait tantôt, puisqu’il y a des preuves
rationnelles, un succès de la raison que dénonce l’existentialisme
athée, mais également un désaveu de cette même raison, que jugent
insuffisante une science excessive et une philosophie de l’esprit
absolu.
Si Hegel, dans sa philosophie, rend à Dieu ce qui apparaît à
L’homme, Feuerbach, détaché de l’idéalisme hégélien qui identifie
l’Être et la Pensée dans un principe unique, rend à l’homme ce qui
appartient à Dieu. Mais orientés tous deux, malgré leurs
différences, vers le général, tout en scrutant dans l’histoire ces
échanges constants qui se produisent dans l’humanité entre le divin
et l’humain, ils délaissent le spécifique, l’individuel, ce qui
laisse un champ exploitable de ressources et un refuge de choix aux
penseurs existentiels hostiles à leur anti-personnalisme. La rupture
d’équilibre engendrée par l’inquiétude et l’interrogation face à la
raison peut aussi bien conduire au nihilisme qu’à ouvrir un nouvel
avenir allégorique dans la révélation de Dieu.
Faut-il y apporter crédibilité ? Pourquoi pas ? Sans Dieu rien
n’aurait raison d’exister peut-on raisonnablement penser. Alors
comment n’existerait-il pas ? Le concept de Dieu a écrit Hegel «
inclut en lui l’Être », ce qui tendrait à signifier que Dieu est
la seule créature qui existe par « essence ». Et c’est pourquoi,
dans notre société l’espérance, autant que la foi, selon Kant, «
est une vertu théologale, parce qu’elle a Dieu même pour objet
».
« Le contraire de désespérer c’est croire » a dit
Kierkegaard. On peut donc logiquement penser et avancer que Dieu est
l'unique Être qui puisse satisfaire notre espérance. Il est vrai que
les convictions, les désirs, les espérances ne sont pas des
arguments irréfutables; mais que valent les arguments qui ne
laissent rien à espérer? Je suis poète avant tout, et, à l'instar de
la majorité de mes condisciples, je m'intéresse à la philosophie, à
la littérature et à la métaphysique qui sont, je crois, partie
intégrante de la poésie. Ces doctrines m'amènent à m'interroger sur
l'existence de Dieu, dont les théories les plus spéculatives
relèvent pour les unes de l'expérience immédiate, et pour les autres
- je pense les plus importantes - du raisonnement. Pour moi, mais
cela n'est qu'une opinion personnelle et qui, je sais, n'est pas
partagée par l'ensemble, Dieu est "position absolue" de lui-même et
le fait souverain de toute existence dans le présupposé de tout
savoir humain.
Victor Hugo a écrit : « ...car la poésie est l'étoile à Dieu,
Rois et Pasteurs. »
Les poètes se sont, jadis, souvent comparés à Dieu. Comme lui ils
créaient et donnaient forme de vie à des configurations, des images,
ainsi qu'une âme à des personnages, perpétuant ainsi la création du
Tout Puissant et établissant les prémices de ce qui peut être
considéré comme un évènement des consciences par leurs oeuvres
immortelles d'hommes, tout simplement.
La poésie est incarnation, à l'image de cette imprégnation
spirituelle que l'on rencontrera dans les écrits de Baudelaire,
P. Valéry, Mallarmé et surtout de Shakespeare.
La poésie, comme l'a écrit Yves Bonnefoy « est incarnation étant
donné qu'elle doit se faire chair. Dire je demeure pour les poètes
la réalité comme telle est une tâche précise dans le mystère du Dieu
fait Homme, celle qui recentre les mots, franchit les bornes du
rêve, sur la relation à autrui qui est l'origine de l'Être ».
- « Je crois de toute mon âme, de tout mon coeur et de tout mon
esprit en Dieu. Que l'on me prouve scientifiquement le contraire et
je continuerai d'y croire, car la foi dépasse tout raisonnement
humain ».
Solange Strimon.
Pour conclure, je dirais que la poésie est existentialiste, sans
doute le chemin le plus court du verbe de Dieu.
André LAUGIER, poète.
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