Prologue




Comment le présenter !
Comment en parler !
Il est à peine né
Et pourtant...
Nous l'avons rencontré
Le berger, notre Berger !


De son Isle
Corps assoupi de femme
Ce matin là
Il descendit
Sur les rivages
Iodés, odés,
En criques lovées
Protégées
Des vents dominants
Des norois grondissants
Au lointain...
Sa mémoire palette
Lui dessinait
Des lambeaux gonflés
Bleutés
Par-dessus la mer
Survolant l'horizon
Mirages ou souhaits
Imaginaires ou réalités.


Sur le sable mouillé
Par les vagues incessantes
Il ramassait, cueillait
Coquillages salés ?
Pétoncles égarés ?
Berniques décollées ?
Non !
Accrochés aux branches
Épaves de la marée journalière
Des mots...
Un a un il les recueillait
Et nous l'observions
Le regardions faire
Avec grand intérêt
Il venait de rencontrer "délices"
Ainsi protégés
Dans un ruban laminaire océan
Il ne nous voyait pas
Tellement il était absorbé
Les mots qu'il cueillait
Un à un il les lisait
Son visage se transformait
Au fur et à mesure
De ses mystérieuses lectures...


Il avait déjà son étoile perchée
Le berger, notre Berger !
Voila que maintenant
Il rencontrait sa Fleur !
Fleur de l'Ys
Venue d'ailleurs
De là-bas
De l'autre rive
Loin, en Outre-Atlante


Les mots lui apprenaient
Cette rencontre
Les mots la lui rendaient
Entière, vivante
Réelle, elle était là...
Nous l'observions nous aussi...
Quel spectacle magnifique
Que ce contact !
Nous restions là, discrets
Pour ne pas briser le silence
La magie, le mystère


Nullement inquiet
Ni même intrigué
Le berger, notre Berger
Avait l'âme sereine
La tête posée
Rien ne l'étonnait
Sa destinée
À sa rencontre
Les mots le lui disaient
Elle était là
Sa tendre aimée


Au plus profond des mots
Il nageait, il flottait
Comme poisson
Dans l'O
Se souvenait à peine
Des pentes ventées
D'où il venait
Se rappelait cependant
Il connaissait déjà
Se remémorait la Source
L'eau du bonheur
Il y avait bu
S'en était saoulé


Il connaissait déjà
Sa destinée "délices"
En devinait les contours dessinés ?
Non !
Ni flous, ni définis,
Mais déjà, force et sérénité !
La confiance en ce devenir
Lui venait du passé
Les mots le lui confirmaient


Il nous faut vous dire que
De "là-haut", de son pays
Nous en a déjà parlé !
Balayé des vents
Enneigé des hivers
Colorié des prairies
Fleuri des printemps
Parfumé
Bruits des amours
Des criquets, l'été,
Les pentes douces
Ou escarpées
Étaient son quotidien
Au berger, notre Berger


Il a dans la bouche
Ce goût noisette
Des chemins ombragés
Une écharde de châtaigne
À l'automne arrivé
Il nous a peint
Le violet des myrtilles
Aux faisselles mélangées,
Lorsque rompu
De marches solitaires
Il a goûté, dégustées aussi
Les mûres


Entre rhododendrons et gentianes
Bleues, jaunes et violettes
Son chemin était bercé
Jusqu'aux abords de sa cabane
Parfums enivrants
Beauté pour les yeux
Prisme d'yeux !


De cela il nous a parlé
C'était son "tous les jours"
Mais de sa vie
En connaissions-nous les secrets ?
Nous ne le croyons pas
Il nous avait, hésitant
Parlé de pierre
Statues...
Non... voilà !
De "cailloux dressés" !
De pierres levées !
« Sept », avait-il précisé !


« Plus haut, plus loin
Encore, et encore »
Nous disait-il !


Il paraît que ce sont elles
Qui gardent ses secrets
Les secrets de son imaginaire
Les secrets de sa réalité
Les secrets des mots trouvés
Oserons-nous les convoiter ?



Le Berger de l'Isle

Chapitre 1




« Étendue en corolle,
Le soleil t'ombrait bleu nuit
Je te disais des mots danseurs étoiles
Mots allongés en ombre clair de lune
Pour me faire cueilleur de toi
Tu te faisais ballerine, coup de lune
Goût de miel, ritournelle ! »


Notre enfant, Berger,
Sur les rives de la feuille de papier,
Naissait doucement !
Venant de l'arbre, il s'est fait veneur
Venu du ciel, il est devenu vol âge
Né de l'eau, il était mouillé


À la pointe du crayon son bâton nous guide,
Inlassablement, inexorablement !
Regarde bien ta feuille blanche,
Sur le bord il se dresse !
Ondoyant, silencieux, présent


Étonnés, les yeux grands du bébé !
Offre-lui ton savoir !
Offre-lui tes désirs !
De beauté, de tendresse,
Il te sera retournées


Regarde, il sourit
Mais ne t'inquiètes pas,
Si déjà il est reparti !
Je crois qu'il vient de te livrer
Le premier de ses secrets,
Sans même avoir voisiné les pierres dressées
Il vient de t'offrir son corps soeur
Sur l'arc auréole de papier,
Le sel de ta larme de fond tombée, évaporée !


Je viens de recueillir ce grain salé
En le soufflant doucement
Sur un tissu de soie
Ses facettes sont diamants
Il parfume de toi !
Il t'envoie son âme !
Il rayonne à la lampe !
Irise de couleurs, illumine de bonheur !


Nuls regrets, il reviendra le berger !
Te livrer ses secrets
Joyaux des lieux mystère, il sera ton voleur !



Le Berger de l'Isle

Chapitre 2



Notre joyau des lieux mystères
Notre enfant
Voyageur dans les strates
D'univers inconnus
Si jeune et si frais
Contenant et contenu
Confondus
Fondants
Dans la partition
Qui s'écrit à deux
Partition parentale
Parents fiers
De l'enfant
Le berger
À la source de Vie !


Il enrubanne le monde
Autour de ses doigts
Comme femme assise
Au bord de l'eau
Roulant le ruban
De son chapeau
Il est si charmant
Que nul
Ne peut lui résister
Puissance mystère !
Puissance magie !
De tous
Notre enfant
Est le plus aimé !


Comme rivière
Il s'insinue dans
Les terres
Cratères remplis
De son O de Vie
C'est qu'il est fort
Le berger enfant
Il est omniprésent
Il est omni constant
À ses charmes
On se suspend
Et combien fiers
Sont ses parents !


La larme tombée
Sur le papier ce jour là
S'est éclatée sur le ventre de son isle
Intrigué, il suivit le cours de l'O
L'ode papier
Qui le guidait
Vers les pentes
Discrètes


Chemin faisant
Il se voit devenir petit
Plus petit, si petit !
Il traverse forêt
Buissons enchevêtrés
Sous-bois recourbés
Si parfumés !
Au bout du voyage
Ce sont falaises escarpées
Abruptes, dorées


Il se souvient
Encore aujourd'hui
De cette moiteur
De cette étrange douceur
En ce lieu magique
De cette douce légèreté
Du bonheur suspendu
Immobile


Il nous en raconte le souvenir
Avec ces mots :
« Grottes, gouffres, antres ! »
Nous lui suggérons aussi
« Cavernes, volcans, cratères ! »
Il nous répond :
« Oui !
Profondeurs
Inconnu
Mystères
Collines,boutons rosés
Mais aussi tendresse
Et velouté »
Son père lui demande :
« Mers ? Mères ?
Océans mamans ? »


Il lui réplique alors :
« De moi à toi, un aimant thé »


Mystérieux dialogue que celui-là !


La pierre dressée, Sud-Ouest


Nous apprendrons plus tard
Qu'il suggère que le "m" de maman
Si nous le transformons en "t"
Le mettons à la fin du mot
Maman devient amant.


Il nous souffle, en fait
Ses pulsions
Désir de retour
Au ventre source
À la cavité génitale
Au ventre terre
Il démystifie du même coup
L'idée inceste, ici poétisée


Et puis nous dit-il :
« Je suis remonté vers la lumière
y ai retrouvé l'air frais au soleil levant,
un parfum de printemps,
un goût de pollen,
les couleurs de l'arc et du ciel
papillonnants. »
Ce matin-là, au calme du savoir
Il nous parle que d'impressions,
Comme au sortir du rêve de la nuit
Il en a oublié les détails
Les récifs, les récits...



Suite





Les illustrations sont de mon amie et complice, Michelle Bigot©.

Ce récit poétique - mythologie nouvelle- est protégé par
L'Office de la Propriété Intellectuelle du Canada
- OPIC -
Droits d'auteurs:
Certificat d'enregistrements # 476645
en date du 22 avril 1999
OdYssée
©
« Le Berger de l'Isle »