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Extraits de mon journal de vacances à Port-Joli
Tout laisser derrière soi dans le silence
Entrer en communion avec la Nature
Et attendre que le temps passe
Qu'Elle accomplisse son œuvre
20 mai 2004
~*~
Le Lent Retour
Des ténèbres à peine sorti
Il demande grâce et temps
Les mots ne s'échappent qu'à peine
Ils sont là pris dans la gorge, étranglent
Le mal est trop grand
La blessure, trop profonde
Et l'incompréhension, totale
Renaître est comme naître
Difficile, violent, lent
Regarder de nouveau la vie
Les autres, réapprendre tout
Même à marcher
Boire l'imbuvable réalité
Cœur et rage
Courage
Il demande grâce et temps
Il ne veut pas qu'on l'abandonne
Dans cette nuit noire qui achève
Il promet
Il a dit
Il dira l'horreur
Ou se taira à jamais
Attendre
Attente
Compatir
Compassion
Tendre la main
Tendre
Tendresse
22 mai 2004
~*~
Contemplation
Les pépites d'ors qui brillent sur les eaux du fleuve
M'envahissent de leur beauté
Le soleil debout sur les montagnes de Baie-St-Paul de l'autre côté de la rive
Ruban de montagnes au pied du fleuve
Qui touchent les horizons d'Est et d'Ouest
Paysage fabuleux où les cormorans, les mouettes
Et autres oiseaux de mer se nourrissent, font des petits
Se disputent leur territoire et volent-dansent
Sur les vagues d'ors de ce dimanche après-midi
23 mai 2004
~*~
Bien-être
Le vent du fleuve est froid ce matin
Le soleil se pointe à travers les nuages
Fera-t-il plus chaud cet après-midi
J'ai la chance d'être là au bord du grand ruban bleu
D'aller et venir à ma guise
De respirer cet air salin
Où je me sens bien
Et sereine
Petits bonheurs d'occasions
À la hauteur de la Nature
Qui m'ouvre ses bras
7 juin 2004
~*~
La nuit
Les craintes, les épouvantails de la nuit
M'assaillent dans le silence sans bruit
Une feuille tremble, un petit animal passe
Je me réveille croyant à quelque opportun mal intentionné
Venu me visiter, me sachant seule
Le cœur bas, brise de nouveau le silence
Je m'affole, je me lève, regarde dehors, ne vois rien
Je retourne au lit, tends l'oreille et me rendors avec mes peurs
Au petit matin, je jette un oeil à la fenêtre et à travers le rideau
Je m'apaise, je suis sauvée, le jour se lève
Je peux enfin dormir tranquille quelques heures
Et enfin rêver de toi
8 juin 2004
~*~
Suite à la relecture de « Lettre à un jeune poète » :
Aux heures de tarissement
L'ironie veut dominer et le poète et la muse
Il faut la faire taire
Mais dans les moments créateurs
Il faut même s'en servir
Autre moyen de saisir la vie
Sans en garder le penchant
« Gagnez les profondeurs : l'ironie n'y descend pas. » Rilke
8 juin 2004
~*~
La naissance de l'été à Port-Joli
Mardi le 8 juin il faisait gris et nuageux. Le soleil était frileux. Petits vents du nord-est, pas
trop chaud. Au cours de l'avant midi de grands vents se sont levés, de l'ouest. J'avais peur
que la toile de la caravane se détache tellement les vents étaient forts même si les tenants
sont renforcés par des câbles prévus à cet effet... Et il faisait encore très frais, dans les 15°C,
pas plus... Lentement les vents ont virés au sud, amplifiés cette fois, j'avais vraiment peur
que la toile ne tiennent pas devant ce vent encore plus violent que
le précédent. Les arbres penchaient, mes cheveux s'entremêlaient... Phénomène
extraordinaire, il s'est mis à faire chaud, à l'intérieur d'une heure à peine, nous avions pris
10°C de plus... Et ça continuait et ça a continué ainsi toute la nuit, une nuit chaude et
tapageuse... Le lendemain matin, au lever, je suis sortie et il faisait encore aussi chaud que
la veille, j'ai alors compris que je venais d'assister à une des belles choses que la vie
offre généreusement à tous, à ce signe de la Nature qui me parlait
fort : l'été venait d'arriver
à Port-Joli... Pas de demi-mesure ici, ou le vent est frais, même froid ou il est chaud, très
chaud... Et là il est chaud, restera chaud pendant le jour et les soirs,
il fera un peu plus frais pendant la
nuit, heureusement que le vent du fleuve y veille !
Le préposé au terrain a donc préparé la piscine le jour même,
j'ai
mis maillot de bain et installé ma chaise longue, je me suis mise de la crème
solaire et je me suis allongée à l'ombre, le soleil y filtrait de ses rayons à travers les feuilles
des arbres et je me suis endormie plus de deux heures, il me fallait bien reprendre le
sommeil de la nuit... Et c'était enfin l'été !
Vent nordet
Vent d'ouest
Vent du sud
Qui grondent parlent fort à qui sait écouter
Voir les signes, les reconnaître
Les lignes blanches ici et là sur le fleuve
Qui annoncent le nordet
Les lignes bleues foncées qui annoncent
Le temps chaud
Mon fleuve qui parle à qui sait le lire
10 juin 2004
Soleil pour quatre jours annoncé
~*~
Et les oiseaux qui se font la guerre
Chacun veut son territoire
Ou celui de l'autre
~*~
Réflexion
Voir en dedans de soi
Descendre au plus profond
S'isoler le temps nécessaire
Devenir sauvage
Fermé aux bruits extérieurs
Écouter les signes
Voir les symboles
Se transmuer
Dans le creuset philosophale
De la Nature
Ainsi, celui de sa propre nature
11 juin
~*~
Réflexion II
Marcher, créer, créer, marcher
Au bord du fleuve
Aux vents du fleuve
Loin de tout ce que je connais
Loin de tout ceux que je connais
Loin
Loin là-bas
Toujours plus loin au fond de moi
La vie m'aura privilégiée
J'ai pu réaliser ce que je voulais
Tous mes projets
Il m'en reste encore
M'en restera toujours
Je le souhaite
Me reste encore plus de trois mois
À profiter, à déguster
À vivre instant par instant
Lentement au rythme des secondes
Au rythme des jours et du fleuve
Des battements de mon cœur et de la Vie
12 juin 2004
~*~
Constat
Il va pleuvoir sur Port-Joli
Une pluie de plus dans ma vie
Ce que j'ai vu "mouiller" comme on dit chez-nous
Des pluies chaudes, des pluies froides
Des pluies de bonheur et d'amour
Et des pluies en peau de chagrins
Des pluies sans lendemains
Des pluies qui lavent tout sur leur passage
Des pluies rédemptrices
Larmes du ciel pas toujours tristes
Des pluies qui rendent sage
Des pluies et des orages
Quand le ciel se fâche
Contre nos choix souvent lâches
Les arbres se courbent
Poussés par les vents du sud qui se lèvent
Vents attendus
Qui avec la pluie
Balaieront les idées sombres
Permettront le repos
Feront revenir le soleil
Et étendre les ombres
Où je lirai
Où je ferai la farniente
Où à la vie je sourirai
Où mon roman j'écrirai
Où avec Rilke je méditerai
Là au bord de l'étendu
De mon Fleuve à corps perdu
Mon âme est en paix
Plus rien je n'attends
Je laisse couler
Au rythme des vagues
Ce temps si précieux
Où chaque seconde drague
Avec la prochaine
Sans s'apercevoir
Lentement
Lentement la vie
Il devrait toujours en être ainsi
14 juin 2004
~*~
De retour à la maison pour aller exercer mon droit de vote, quelques jours
avant de retourner là-bas :
INTERMÈDE
Et j’ai quitté les oiseaux de là-bas
Ainsi les vents de lune
Les arbres qui ploient
Mon abri de fortune
Juste quelques jours
Un intermède
Et je repars vers mon ciel d’été
Je retourne à mes amours
À mes oiseaux
À mes lunes
À mon immense cours d’eau
À mes petits matins brumeux
Chargés des promesses du jour
À mon soleil d’été
Aux odeurs enivrantes de Port-Joli
Je me bercerai dans les grandes eaux
Nagerai là-bas, plus haut, avec les baleines
Dans les verts de la grande plaine
Je volerai avec les oiseaux
Ferai des feux de joie en offrande à la lune
Et je penserai à toi dès lors qu’à mon esprit tu viendras
Un petit coin de ciel sans nom
Un visage de l’âme
Un coin de nostalgie
On ne quitte pas ceux que l’on aime
Sans qu’en nous ils reviennent
On les emporte en soi
Cachés ici, dans les bagages de l’esprit
Et là, dans les casiers du cœur
Ils sont là les absents
Ceux que l’on sait retrouver au retour
Ceux que l’on sait ne jamais plus revoir
Nulle fuite, elle est impossible
L’oiseau blanc me l’a dit
L’eau bleue du fleuve aussi
L’autre rive est accessible
M’a dit le Passeur
Mais, il n’est pas encore l’heure
Et en attendant...
J’irai dans les champs cueillir pour toi une fleur
Ode
29 juin 2004
~*~
Coquetterie de femme nouvelle
Hier je me suis faite belle
J'ai coiffée mes longs cheveux de feu
Ne les ai pas attachés
Je veux laisser le vent les caresser
Deux hommes m'ont regardée
L'un avec curiosité et insistance
L'autre avec un regard assassin
Je me suis sentie désirable
Femme
Et j'ai passé mon chemin
Sourire en coin
~*~
À mon Fleuve
Autant remonter le fleuve que le descendre
Il reste le même dans son lit aux millions de sillons
Aux milliers de plages et de falaises
Il me parle du temps qui s'écoule
Sablier liquide et immense
Aux vagues sombres ou dorées sous le soleil
Il me dit que chaque instant compte
Il me dit que ma vie descend vers l'océan éternel
Ode
Port-Joli, le 25 juillet 2004
Suite de
l'été - Partie II
Création Ode©
Coucher de soleil à Port-Joli. Ode©
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