« Allégorie »




~*~


Quand le coeur se met à table
Tenant sa plume en main
Il parle de lui
Il parle de ses amours
Il se raconte

~*~

Je vous dirai mon âge
à voix basse
raconte-t-il
J’effeuillerai mes ans
Vous dirai ma peine

Ferai verser l’encre
de mon âme
Sur la page blanche
Au feu primitif
de la nuit
Au clair de lune
flottant sur la mer

Du matin premier de la chair
je me souviens
 Couchés dans la plaine
Trempés de rosée
Énamourés


Rose, elle était rose
la chair
Se roulant aux vagues de la mer
Où je tanguais au rythme de l’autre
Et battais la chamade
Me gonflais
de bonheur

Tendres souvenirs
Difficiles souvenirs
Dont je ne peux taire
l’itinéraire
Récits nus de joies
et de révoltes
J’ai battu fort
sur la terre des aimances
dans les bras des espérances
et aussi
des peines

 

Et ce cœur aimant
qui sur moi veillait
Comme l’oiseau
 sommeille la nuit
Pendant que
La mer montait musicale
jusqu’à nous
jusqu’à la saignée des mots

Que d’orages j’ai dû traverser
dans la lumière nocturne
Là où j’ai creusé ma soif
aux glaciers des primitives écritures
Inépuisable soif
En quête d’un rayon de lune
pour me réchauffer

Cerf-volant des hautes marées
Des battures
Des îles de sable
J’ai souvent pris le large
Pour me sauver
l’âme
et
le coeur

Et l’Oiseau de mer
m’a ouvert ses ailes
depuis
je demeure
dans la chaleur de son nid

~*~~*~~*~


Et le temps passe, le coeur continue à se raconter

~*~~*~~*~

Comme l’Oiseau je me suis envolé
Vers d’autres rencontres des cœurs
J’ai rencontré le Grand Héron blessé
Il volait au-dessus de mes plaines
Venait à ma rencontre
Sur la plage

où le fleuve
porte son nom

Et moi le coeur dont l’âme ne fit
qu’un bond
Je fus envoûté
Plus grand que nature
On ne fait fi d’un tel personnage
Il avait l’âme si grande
Que j’ai failli m’y noyer
Un héron poète
à me faire chavirer
Ce qui arriva
sur le champ des grandes eaux

Douces rêveries, j’étais affolé
Dès que je l’atteignais
Il repartait vers ses terres
de sable
Par delà les mers
J’en ai souvent saigné
Croyant qu’il ne me reviendrait
plus
Mais il revenait après des mois
d’absence
Ne disant mot de son périple
Me reprenait là où je bats
à la pointe
là où se porte la douleur
à l’âme

Et le bonheur s’installait
à nouveau
Puis un jour
Il repartit
et
Il est revenu blessé
Pire que la première fois
Sa blessure était mortelle
Un jour d’hiver
Il m’écrivit un poème
Puis s’est envolé
vers ses sables
à jamais

Et moi le coeur
Je me fracassai
contre les falaises
Murs éternels
Dans un matin rose
Aux aurores
Entre vagues et vents
Hurlant ma peine

Le grand Héron blessé
m’aura laissé sa parole créatrice
comme un point d’eau
dans les entrailles du désert
Aussi
Cicatrices au coeur
du coeur qui aime

Et se pose et se repose
enfin
Le silence
Je retourne là où le soleil refait ses nuits
Où la mer prend sa source
J’y creuserai ma soif
Au clair-obscur des mots
Et je me remettrai à battre
fort
Et j’aimerai encore
et
Encore
Jusqu’à ce que je me taise


Ode©
11 juin 2008





Illustration:  «Coeur de femme » Oeuvre de Ode©

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