Regarde dans le noir cette maison là-bas
Et vois cette fenêtre où le volet gris, bat !...
Glisses-toi en rampant sans faire trop de bruit,
Approche doucement jusqu'à ce tronc qui bruit
Rabougris par les ans... Jette alors un regard
Derrière les carreaux aux teints mats et blafards.
Entends -tu soupirer ces enfants qui s'embrassent ?
Ils sont jeunes et beaux, Dieu comme le temps passe !
La vie est ainsi faite et nous n'y pouvons rien
Sinon qu'à voir venir les années comme un bien...
Ne vois-tu pas aussi leurs formes qui s'enlacent
Avec tant de chaleur que leurs bras nus s'effacent.
Ils découvrent l'amour, mais ne le savent pas,
Murmurant tour à tour des mots sur leur trépas
Et rien qu'à les entendre on croirait qu'ils sont vieux.
Ne nous y trompons point, ce ne sont que des jeux
Trahissant leur enfance... On dirait dans l'étreinte
Par une double vie un seul corps animé.
As-tu vu leurs sourires et leurs yeux se pâmer
Sur leurs corps de velours ?... On eut dit que jamais
Ils ne furent amoureux : Dieu, quelle étrange plainte !...
Leurs lèvres insensées se mêlaient dans l'envie
Silencieusement. C'est étrange la vie !
Ne vois-tu pas aussi frissonner leurs émois ?
On dirait que c'est toi, on dirait que c'est moi...
Nous étions seuls aussi, t'en souviens-tu Odette ?
Tu étais près de moi, je caressais ta tête...
Jamais les mains d'un homme n'avaient touché ton corps.
Ah Dieu que ce fut doux, tu étais vierge encor...
Mes baisers oppressés te frôlaient dans la nuit
Avec tant de chaleur qu'une plainte inouïe
Illuminait ton corps blanc et nu de lumière...
Symbole merveilleux de l'Homme sur la terre
Apprenant à la Femme, folle dans sa pudeur,
Ivre dans ses envies, le vrai goût du bonheur.
Maintenant c'est à toi, lecteur de reconnaître
Et le Bien et le Mal, et l'Esclave et le Maître !.

Robert Bonnefoy©

Acrostiche : Citation de Alfred de Musset





Création Ode
©
Oeuvre en titre de Kiff Holland©

~ Retour à Complicité ~

~~ Retour à Dans L'Univers Imaginaire de Ode ~~

~~~ Page Index ~~~