Toi, le fleuve que je n'ai jamais de corps vu,
Vous, berges de tant de pieds inconnues,
Toi, océan des airs rougeoyant où cavalent,
Vous, nuages, là où se fond, se forge le Graal

La distance nous sépare, terres, montagnes, mers, 
Sont prêtes à me piéger dans leurs splendeurs,
Mais rien ne peut retenir l'âme du rêveur,
Qui fasciné, se sublime et s'évade à l'éther

Dans l'eau du fleuve, les remous je suis,
Je fais le voyage de leur source, aux abysses,
Je vois le creux des vagues, Gaia qui rugit,
Je vois la cohorte du fond qui au souffle s'immisce

Face aux fières bâtisses de nature, qui ont côtoyées
Bien plus d'aubes et de crépuscules que l'humanité,
Je me fais à la fois silence et chant du feu,
Au goût du sacré, je m'épanche, me fond des yeux

Je vois sur les rochers les légendes de la mère,
Dans la brume aux teintes mordorée l'acte du père,
Je vois les âmes qui se parlent, qui s'échangent,
Les bris, les nœuds, les liens tissés en frange

Je vois les messages dans les bouteilles de l'air,
Les bulles de songe qui renferment les vœux des cœurs,
Des aimants, des plumes voyageuses, des âmes sœurs, 
Je vois et entends les contes des ombres et de lumière

Je sens ces histoires agitées qui finissent et commencent,
Les ritournelles, sempiternels retours, au cours des avancées,
Mais si la marche du large n'attend pas, dans l'immensité
Brassée, mon esprit grave, cet instant immobile, cette présence

Fondue de toutes les larmes, un échantillon de l'éternité


Pascal Lamachère©
5 décembre 2003




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« Coucher de soleil sur le Saint-Laurent »  Photo de Ode©


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