« Avant de décider si une personne est une idiote ou une artiste de talent,
il serait bon de se demander si elle aperçoit quelque chose que nous n’apercevons pas.
»
Ezra Pound©



 

Image en titre : « Archéologie Imaginaire » installation.  Exposition en musée.  Vue partielle de la salle.  Autres images en pages suivantes.


Ces stèles, ces dalles sacrées, ces tables d’écriture et bas-reliefs sont présentés tels des artefacts conduisant vers un ensemble imposant de pièces monolithiques - les grandes stèles - qui constituent le point culminant de l’installation de par leur monumentalité et l’espace créé par leur disposition frontale.

Le mystère prend ici tout son sens, c’est-à-dire que tout demeure secret, difficile à saisir. Elles s’offrent au spectateur comme dans le désir d’une interprétation ou d’une idée, associant des impressions vagues à une organisation inaccoutumée ou insolite.

Ode©
 

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Impressions, critiques et analyse.



« Dans l’Univers Imaginaire de Ode »
 


Recréation de civilisations perdues ou inventions pures ?…
Sans le préambule de l’artiste, nous serions bien en peine d’énoncer quoi que ce soit avec assurance, tant les apparences s’avèrent trompeuses…
Pénétrer l’univers imaginaire de Ode, c’est sans cesse osciller entre atemporalité et éternité, au gré d’une réalité en perpétuel mouvement… Invite à une re-découverte plurielle d’une symbolique des âges et d’une humanité sacralisée… Univers de tous les possibles, l’œuvre de Ode demande une authentique implication de l’être intime…
Voyage au cœur-même d’une genèse réécrite, l’œuvre de Ode investit tout le champ de nos coutumes et croyances séculaires, avec une force élémentale qui bouscule tous préjugés, connaissances et autres oripeaux du monde moderne.
Œuvre singulière qui décline Inné et Incréé dans une même appartenance terrestre, où mythes et rituels, existant et rêvé se mêlent, s’imbriquent en un écheveau d’objets, d’artefacts, de sculptures, de tombeaux, de fresques, de dalles, de pierres qui architecturent gestuelle et parole anciennes, retranscription testamentaire de civilisations enfouies, en gésine ou simplement suggérées… Œuvre émaillée de signes martelés, de hiéroglyphes gravés évoquant une typographie toute d’originalité de l’anima, où l’empreinte de l’homme s’impose en des figures géométriques, des dessins rupestres, des alphabets et autres bestiaires fossilisés que l’artiste extrait des entrailles de la terre, restaurant ainsi sa propre légende personnelle…
Ode creuse, arpente, fouille la matière mémorielle à la recherche de vérités et de beautés ensevelies pour les faire renaître à elles-mêmes dans la lumière du premier matin.

Œuvre évolutive s’enracinant au sein même de l’imaginaire de l’artiste, à la fois prophétie et témoin de mondes ciselés dans la vétusté d’une pensée humaine archaïque… mais aussi œuvre unique bâtie dans le bois béni des statues, dans la cendre fertile des mots, que l’artiste pétrit, modèle, sculpte, trace, dessine, jusqu’à enfanter un art brut*, destinal emplissant l’espace et le temps pour une redéfinition osmotique de l’être et de l’univers…
Ici tout est question de re-présentation qu’il s’agisse de l’usuel ou du mythe, l’artiste revisite les innombrables thématiques de la création, mettant en exergue l’essentialité de l’unicité dans le Tout.
Ainsi Ode essaime –t-elle au fil de ses travaux tutélaires l’essence même d’une humanité pérenne bien que syncopée, stratifiée… imprégnée de mystère et ténébreuse…
Par son gigantisme, sa force évocatrice, sa présence inspirée, l’œuvre de Ode nous éveille à l’Autrement dit, l’Autrement perçu… nous entraînant dans les arcanes d’un imaginaire où l’histoire se fait et se défait indéfiniment sur le drap vierge de la toile, dans l’argile des tables, pour une relecture poétique, émouvante et complète de l’œuvre d’art.
L’artiste se révèle passeuse de mondes, passeuse de rives dans la flamboyance des saisons humaines…
Subtile, vibrante, affirmée l’œuvre de Ode mérite que l’on s’y immerge entièrement. Multiple et magique, elle résonne de mille vies, de mille songes… de mille silences aussi… Une œuvre magnifique, étrange, tellurique et absolue !…

 


Nathalie Lescop-Boeswillwald
Présidente des « Amis de Thalie »
Docteur en Histoire de l’Art.
5 Mars 2007



« Les Amis de Thalie »
Prix de la Presse Poétique 1998
décerné par la Société des Poètes Français

Espace d’Expression Artistique
Présidence: Nathalie Lescop-Boeswillwald
12 Rue Beausoleil
87100 LIMOGES

 

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                                                                                    « SEUL LE FANTASTIQUE
                                                                 A DES CHANCES D'ÊTRE VRAI
»
                                                                                                                                           
                                                                                           Teilhard de Chardin

                                                                                   

                        « Archéologie Imaginaire ».  L'artiste Ode, trace, sur un beau papier parchemin sorti de ses mains créatrices, à l'entrée même de la grande salle blanche du Musée d'art, un plan d'ensemble, véritable itinéraire des « vestiges d'une civilisation aux origines mystérieuses ».  Un plan, à vol d'oiseau, d'un temple ou d'une église.  Avec ses trois parties essentielles: un pronaos, une nef et un sanctuaire.  Un Temple funéraire ou un Temple cultuel ?

 

                        La chapelle votive ou pronaos.  Sept déesses, couleur d'ardoise, disposées en anneau-nimbe, gardent, immortelles vestales, le Temple, dans la nuit des Temps.  Hiératiques.  Fixées dans le silence de l'axialité et de la frontalité.  Parentes aux orantes mésopotamiennes de Mari et à la déesse minoenne de Hagha Triada.

 

                        Aux yeux profonds.  Aux bras croisés porteurs de tablettes de hiéroglyphes.  Aux corsages très ajustés et largement ouverts.  Aux jupes coniques.  Déesses de nuit, rivées aux sept soleils de cuivre du sanctuaire.

 

                        Nef ou salle hypostyle.  Nef centrale.  Trois grands rectangles de sable blond, aux dimensions identiques mais à hauteurs différentes, dorment dans leur horizontalité.  Divisés en trois rangées de sept tables carrées, aux coins arrondis, l'usure du temps... Bas-reliefs en creux, en stries.  A motifs géométrisés: l'azur, le sinople, le pourpre, les gueules (rouges), l'or, l'argent... Sont-ce des sigles, des écussons, des armoiries?  Pour rappeler les vivants tout en les nommant ou les perpétuant...

 

                        Les trois rectangles de sable (et le sable représente le noir héraldique) montent en crescendo vers le sanctuaire, trois paliers successifs, l'ascension pénible de la traversée terrestre.

 

                        De chaque côté des trois tombeaux ou cénotaphes de la temporalité, sept dalles funéraires divisent la nef en trois parties. Sont-elles les bases de colonnes quadrangulaires délimitant la nef centrale des nefs latérales ou les derniers vestiges d'alignements de pierres levées?  A gauche, les dalles deviennent flèches indicatrices, comme des pas successifs menant au sanctuaire.  A droite, les motifs rectangulaires verticaux coiffés de triangles, incrustés de métaux, semblent vouloir annoncer le naos lui-même.

 

                        Sur les murs des latérales, des tableaux esseulés ou groupés en diptyque ou en polyptyque (ici neuf panneaux égaux en trois rangées) à la surface rupestre et mordorée où surgissent des signes indéchiffrables, écritures d'oracle ou motifs purement décoratifs?  Abstraction de la condition humaine dans sa solitude, dans ses accouplements, dans ses  groupements?  Dans l'enveloppe du linceul des actions passagères, en offrande...

 

                        Et au-delà de l'au-delà, le sanctuaire-naos, l'évocation du soleil de la résurrection.  Sept pyramides tronquées  anthropomorphes, âmes recouvertes de feuilles de cuivre ou jaillissent, par martelage et repoussage, les signes reconnaissables des éléments simplifiés jusqu'à la généralisation.  Un groupement circulaire rappelant le cromlech de Stonehenge.  Sept pyramides humaines en décroissance à partir de la présence omni-saisissante du centre, le dieu qui traverse la nef des mortels de son regard pour rejoindre les déesses-vestales de la profonde nuit.  Au coeur du grand cercle des dieux, le cadran heptagone qui marque le Temps sans fin de l'Éternité.

 

                        Et le vent bleu, comme ressac de mer, mesure le Temps de l'Histoire et cristallise  la civilisation inconnue et mystérieuse...

 

                        Marcel Ducharme, professeur, peintre et poète

 

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Une intériorité mystérieuse, subjective, habite la grande salle du musée. Une souvenance imprécise.

Les agencements de Ode provoquèrent une émotion. Voilà une dérive si enfouie dans l’imagination de l’artiste qu’elle en érige des bribes qui ont contours et textures de l’appartenance archétypale d’un lointain vécu collectif. Vestiges et vertiges. La belle expression de Jean COCTEAU, le passé défini, coiffe bien ce qui se passe ici, mais au féminin.

Nous croyons un instant rejoindre, via cette intuition archéologique fictive, une architecture du temple d’une civilisation enfouie. Les signes, codes et langages hiéroglyphes en ont l’apparence, mais pas les codes. Ils relèvent de l’artiste.

La science archéologique n’opère pas vraiment. Entre les statuettes et les gardiens du cadran solaire (les grandes stèles), s’étalent empreintes et espaces. Ils tracent une invention. Si cette architecture fictionnelle semble d’une civilisation inconnue, l’allusion à la découverte scientifique sombre symboliquement dans une quête intérieure voulue.

Il y a certes une herméneutique ésotérique (le triangle, les chiffres trois et sept, le calendrier solaire, les gardiens géants, les stèles, le temple) mais qui nous ramène invariablement à un savoir-fabriquer évident. Pour peu que l’on se rapproche des textures, coloris et matériaux. D’autres mystères nous guettent: le leurre des matériaux, du papier fait main, devenu papyrus, l’usage habile du plâtre et du cuivre martelé, les coloris soyeux, métalliques tiennent de la virtuosité moderne.


Néanmoins, l’architecture organisationnelle de l’installation et une certaine « scription » automatiste des signes font choc. Ils touchent une corde sensible sur un registre assez large de publics. Qui n’a pas rêvé d’investir une civilisation inconnue ? En outre, sous ces éléments d’un vocabulaire combinant, simulacres et histoire/fiction postmodernes (en quête de source) Ode débusque des tracés qui débordent l’unique rapport à la Mère-Terre ou aux divinités féminines. Ils ont l’ampleur de civilisations entières, même inventées.

Guy Sioui Durand, auteur, professeur, critique et docteur en sociologie de l’art amérindien et actuel.
Revue d’art INTER, avril 1993
 

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À propos du site de Ode.

Nous sommes tous très friands de bonne culture, avides de connaissances, instruits par ce besoin de la nature humaine aux habitudes intellectuelles, littéraires et artistiques. J'ai toujours considéré que la véritable culture est autodidacte car alors elle est le fruit d'un véritable plaisir, d'un travail personnel et profond, non dépendant des carcans rigoureux et figés d'un savoir bien souvent formaté. Les œuvres plastiques de Ode se situent dans cette perspective qui consiste à accumuler des connaissances en nous donnant envie de les "penser". Ce site, éminemment didactique, est une invitation enchanteresse en même temps qu'un voyage fascinant dans le monde des civilisations et des mythes, ou passé, présent et futur se confondent. Là ou l'Histoire ne nous a pas encore donné de réponses probantes commence la recherche passionnée de cet univers du vraisemblable, grâce à une extrapolation parfaitement conduite et maîtrisée, lucide, et dont l'acuité visuelle et la rigueur intellectuelle sont dignes d'éloges. Je rends hommage à cette démarche courageuse, en une époque où le progrès tend, insidieusement, à supprimer l'effort et les références entre le désir et l'accomplissement.

Dans une "symbolique nouvelle, faisant appel au sacré", comme aime à le rappeler Ode, cette fervente de l'archéologie, de l'image, du mystère, s'attelle à chercher le moindre indice permettant le raisonnement par inférence. Elle nous convainc que si le portrait comporte une part des règles acquises, le contenu iconique est souvent identique dans les objets, l'aspect symbolique étant bien distinct dans l'un et l'autre cas.

L'humanité elle-même, en tant qu'elle s'interroge sur le monde, sur son identité, sur son patrimoine, sur son archéologie, les civilisations, les écritures, en tant qu'elle recherche une "vérité" ou un "sens", en tant qu'elle questionne ou interprète, ne peut se représenter ce que la nature et le passé lui a laissé qu'à la condition de se projeter en elle, et d'essayer de s'y retrouver.

Les grands artistes sont ceux qui mêlent la solitude à l'universalité, la subjectivité à l'objectivité, la spontanéité à la discipline, et tel est peut-être le vrai miracle de l'art, de la recherche, qui le distingue des techniques comme des sciences. « L'art fait jaillir la vérité » a dit Heidegger. D'un seul bond qui prend les devants l'art fait surgir l'œuvre en tant que sauvegarde instantanée, "la vérité de l'étant". Cette vérité n'a jamais été celle des sciences, toujours faite de concepts et d'abstractions. La puissance des informations et des images que nous découvrons dans le site de Ode nous montre que la recherche et la vérité de l'art sont toujours pratiques, toujours éminemment silencieuses et révélatrices quand les suppositions prennent un caractère d'authenticité basé sur une étude approfondie et sérieuse. Il s'agit là de la vérité de l'être, pour autant que nous sommes capables de l'accueillir.

L'Art, le maniement des objets, des symboles, est un désir d'éternité. C'est parce qu'il a toujours quelque chose à rechercher que l'homme crée. Un peu à la manière de ces aventuriers partis à la recherche de la Toison d'Or, du Graal ou de l'arche perdue, Ode nous conduit au travers de son admirable travail de compilation et d'imagination, vers ces possibles horizons secrets où le Trésor est le fruit d'une logique interne ; le parcours est cohérent. Cette grande réflexion, ses idées, son analyse du pourquoi, du comment et du devenir, a aussi valeur esthétique ; elle ne nous propose pas des solutions toutes faites, elle nous invite dans un travail très personnel et perfectionniste, à découvrir en profondeur cette harmonie cachée qui régit tout ce qui est, au travers de la structure du supposé ainsi que du réel. Elle s'interroge et en même temps nous interpelle, de superbe manière, sous l'aspect informe et fuyant de la matière.


André Laugier, poète et critique littéraire.
 






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