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Image en titre : « Archéologie
Imaginaire » installation. Exposition en musée. Vue
partielle de la salle. Autres images en pages suivantes.
Ces stèles, ces dalles sacrées, ces tables
d’écriture et bas-reliefs sont présentés tels des artefacts
conduisant vers un ensemble imposant de pièces monolithiques - les
grandes stèles - qui constituent le point culminant de
l’installation de par leur monumentalité et l’espace créé par leur
disposition frontale.
Le mystère prend ici tout son sens, c’est-à-dire que tout demeure
secret, difficile à saisir. Elles s’offrent au spectateur comme dans
le désir d’une interprétation ou d’une idée, associant des
impressions vagues à une organisation inaccoutumée ou insolite.
Ode©
~*~
Impressions, critiques et analyse.
« Dans l’Univers
Imaginaire de Ode »
Recréation de civilisations perdues ou inventions pures ?…
Sans le préambule de l’artiste, nous serions bien en peine d’énoncer
quoi que ce soit avec assurance, tant les apparences s’avèrent
trompeuses…
Pénétrer l’univers imaginaire de Ode, c’est sans cesse osciller
entre atemporalité et éternité, au gré d’une réalité en perpétuel
mouvement… Invite à une re-découverte plurielle d’une symbolique des
âges et d’une humanité sacralisée… Univers de tous les possibles,
l’œuvre de Ode demande une authentique implication de l’être intime…
Voyage au cœur-même d’une genèse réécrite, l’œuvre de Ode investit
tout le champ de nos coutumes et croyances séculaires, avec une
force élémentale qui bouscule tous préjugés, connaissances et autres
oripeaux du monde moderne.
Œuvre singulière qui décline Inné et Incréé dans une même
appartenance terrestre, où mythes et rituels, existant et rêvé se
mêlent, s’imbriquent en un écheveau d’objets, d’artefacts, de
sculptures, de tombeaux, de fresques, de dalles, de pierres qui
architecturent gestuelle et parole anciennes, retranscription
testamentaire de civilisations enfouies, en gésine ou simplement
suggérées… Œuvre émaillée de signes martelés, de hiéroglyphes gravés
évoquant une typographie toute d’originalité de l’anima, où
l’empreinte de l’homme s’impose en des figures géométriques, des
dessins rupestres, des alphabets et autres bestiaires fossilisés que
l’artiste extrait des entrailles de la terre, restaurant ainsi sa
propre légende personnelle…
Ode creuse, arpente, fouille la matière mémorielle à la recherche de
vérités et de beautés ensevelies pour les faire renaître à
elles-mêmes dans la lumière du premier matin.
Œuvre évolutive s’enracinant au sein même de l’imaginaire de
l’artiste, à la fois prophétie et témoin de mondes ciselés dans la
vétusté d’une pensée humaine archaïque… mais aussi œuvre unique
bâtie dans le bois béni des statues, dans la cendre fertile des
mots, que l’artiste pétrit, modèle, sculpte, trace, dessine, jusqu’à
enfanter un art brut*, destinal emplissant l’espace et le temps pour
une redéfinition osmotique de l’être et de l’univers…
Ici tout est question de re-présentation qu’il s’agisse de l’usuel
ou du mythe, l’artiste revisite les innombrables thématiques de la
création, mettant en exergue l’essentialité de l’unicité dans le
Tout.
Ainsi Ode essaime –t-elle au fil de ses travaux tutélaires l’essence
même d’une humanité pérenne bien que syncopée, stratifiée… imprégnée
de mystère et ténébreuse…
Par son gigantisme, sa force évocatrice, sa présence inspirée,
l’œuvre de Ode nous éveille à l’Autrement dit, l’Autrement perçu…
nous entraînant dans les arcanes d’un imaginaire où l’histoire se
fait et se défait indéfiniment sur le drap vierge de la toile, dans
l’argile des tables, pour une relecture poétique, émouvante et
complète de l’œuvre d’art.
L’artiste se révèle passeuse de mondes, passeuse de rives dans la
flamboyance des saisons humaines…
Subtile, vibrante, affirmée l’œuvre de Ode mérite que l’on s’y
immerge entièrement. Multiple et magique, elle résonne de mille
vies, de mille songes… de mille silences aussi… Une œuvre
magnifique, étrange, tellurique et absolue !…
Nathalie Lescop-Boeswillwald
Présidente des « Amis de Thalie »
Docteur en Histoire de l’Art.
5 Mars 2007
« Les Amis de Thalie »
Prix de la Presse Poétique 1998
décerné par la Société des Poètes Français
Espace d’Expression Artistique
Présidence: Nathalie Lescop-Boeswillwald
12 Rue Beausoleil
87100 LIMOGES
~*~
« SEUL LE FANTASTIQUE
A DES CHANCES D'ÊTRE VRAI »
Teilhard de Chardin
« Archéologie Imaginaire ».
L'artiste Ode, trace, sur un beau papier parchemin sorti de ses
mains créatrices, à l'entrée même de la grande salle blanche du
Musée d'art, un plan d'ensemble, véritable itinéraire des « vestiges
d'une civilisation aux origines mystérieuses ». Un plan, à vol
d'oiseau, d'un temple ou d'une église. Avec ses trois parties
essentielles: un pronaos, une nef et un sanctuaire. Un Temple
funéraire ou un Temple cultuel ?
La chapelle votive ou
pronaos. Sept déesses, couleur d'ardoise, disposées en anneau-nimbe,
gardent, immortelles vestales, le Temple, dans la nuit des Temps.
Hiératiques. Fixées dans le silence de l'axialité et de la
frontalité. Parentes aux orantes mésopotamiennes de Mari et à la
déesse minoenne de Hagha Triada.
Aux yeux profonds. Aux bras
croisés porteurs de tablettes de hiéroglyphes. Aux corsages très
ajustés et largement ouverts. Aux jupes coniques. Déesses de nuit,
rivées aux sept soleils de cuivre du sanctuaire.
Nef ou salle hypostyle. Nef
centrale. Trois grands rectangles de sable blond, aux dimensions
identiques mais à hauteurs différentes, dorment dans leur
horizontalité. Divisés en trois rangées de sept tables carrées, aux
coins arrondis, l'usure du temps... Bas-reliefs en creux, en
stries. A motifs géométrisés: l'azur, le sinople, le pourpre, les
gueules (rouges), l'or, l'argent... Sont-ce des sigles, des
écussons, des armoiries? Pour rappeler les vivants tout en les
nommant ou les perpétuant...
Les trois rectangles de sable
(et le sable représente le noir héraldique) montent en crescendo
vers le sanctuaire, trois paliers successifs, l'ascension pénible de
la traversée terrestre.
De chaque côté des trois
tombeaux ou cénotaphes de la temporalité, sept dalles funéraires
divisent la nef en trois parties. Sont-elles les bases de colonnes
quadrangulaires délimitant la nef centrale des nefs latérales ou les
derniers vestiges d'alignements de pierres levées? A gauche, les
dalles deviennent flèches indicatrices, comme des pas successifs
menant au sanctuaire. A droite, les motifs rectangulaires verticaux
coiffés de triangles, incrustés de métaux, semblent vouloir annoncer
le naos lui-même.
Sur les murs des latérales,
des tableaux esseulés ou groupés en diptyque ou en polyptyque (ici
neuf panneaux égaux en trois rangées) à la surface rupestre et
mordorée où surgissent des signes indéchiffrables, écritures
d'oracle ou motifs purement décoratifs? Abstraction de la condition
humaine dans sa solitude, dans ses accouplements, dans ses
groupements? Dans l'enveloppe du linceul des actions passagères, en
offrande...
Et au-delà de l'au-delà, le sanctuaire-naos,
l'évocation du soleil de la résurrection. Sept pyramides tronquées
anthropomorphes, âmes recouvertes de feuilles de cuivre ou
jaillissent, par martelage et repoussage, les signes reconnaissables
des éléments simplifiés jusqu'à la généralisation. Un groupement
circulaire rappelant le cromlech de Stonehenge. Sept pyramides
humaines en décroissance à partir de la présence omni-saisissante du
centre, le dieu qui traverse la nef des mortels de son regard pour
rejoindre les déesses-vestales de la profonde nuit. Au coeur du
grand cercle des dieux, le cadran heptagone qui marque le Temps sans
fin de l'Éternité.
Et le vent bleu, comme ressac
de mer, mesure le Temps de l'Histoire et cristallise la
civilisation inconnue et mystérieuse...
Marcel Ducharme,
professeur, peintre et poète
~*~
Une intériorité mystérieuse,
subjective, habite la grande salle du musée. Une souvenance
imprécise.
Les agencements de Ode provoquèrent une émotion. Voilà une dérive si
enfouie dans l’imagination de l’artiste qu’elle en érige des bribes
qui ont contours et textures de l’appartenance archétypale d’un
lointain vécu collectif. Vestiges et vertiges. La belle expression
de Jean COCTEAU, le passé défini, coiffe bien ce qui se passe
ici, mais au féminin.
Nous croyons un instant rejoindre, via cette intuition archéologique
fictive, une architecture du temple d’une civilisation enfouie. Les
signes, codes et langages hiéroglyphes en ont l’apparence, mais pas
les codes. Ils relèvent de l’artiste.
La science archéologique n’opère pas vraiment. Entre les statuettes
et les gardiens du cadran solaire (les grandes stèles), s’étalent
empreintes et espaces. Ils tracent une invention. Si cette
architecture fictionnelle semble d’une civilisation inconnue,
l’allusion à la découverte scientifique sombre symboliquement dans
une quête intérieure voulue.
Il y a certes une herméneutique ésotérique (le triangle, les
chiffres trois et sept, le calendrier solaire, les gardiens géants,
les stèles, le temple) mais qui nous ramène invariablement à un
savoir-fabriquer évident. Pour peu que l’on se rapproche des
textures, coloris et matériaux. D’autres mystères nous guettent: le
leurre des matériaux, du papier fait main, devenu papyrus, l’usage
habile du plâtre et du cuivre martelé, les coloris soyeux,
métalliques tiennent de la virtuosité moderne.
Néanmoins, l’architecture organisationnelle de l’installation et une
certaine « scription » automatiste des signes font choc. Ils
touchent une corde sensible sur un registre assez large de publics.
Qui n’a pas rêvé d’investir une civilisation inconnue ? En outre,
sous ces éléments d’un vocabulaire combinant, simulacres et
histoire/fiction postmodernes (en quête de source) Ode débusque des
tracés qui débordent l’unique rapport à la Mère-Terre ou aux
divinités féminines. Ils ont l’ampleur de civilisations entières,
même inventées.
Guy Sioui Durand, auteur, professeur, critique et docteur en
sociologie de l’art amérindien et actuel.
Revue d’art INTER, avril 1993
~*~
À propos du site de Ode.
Nous sommes tous très friands de bonne culture, avides de
connaissances, instruits par ce besoin de la nature humaine aux
habitudes intellectuelles, littéraires et artistiques. J'ai toujours
considéré que la véritable culture est autodidacte car alors elle
est le fruit d'un véritable plaisir, d'un travail personnel et
profond, non dépendant des carcans rigoureux et figés d'un savoir
bien souvent formaté. Les œuvres plastiques de Ode se situent dans
cette perspective qui consiste à accumuler des connaissances en nous
donnant envie de les "penser". Ce site, éminemment didactique, est
une invitation enchanteresse en même temps qu'un voyage fascinant
dans le monde des civilisations et des mythes, ou passé, présent et
futur se confondent. Là ou l'Histoire ne nous a pas encore donné de
réponses probantes commence la recherche passionnée de cet univers
du vraisemblable, grâce à une extrapolation parfaitement conduite et
maîtrisée, lucide, et dont l'acuité visuelle et la rigueur
intellectuelle sont dignes d'éloges. Je rends hommage à cette
démarche courageuse, en une époque où le progrès tend,
insidieusement, à supprimer l'effort et les références entre le
désir et l'accomplissement.
Dans une "symbolique nouvelle, faisant appel au sacré", comme aime à
le rappeler Ode, cette fervente de l'archéologie, de l'image, du
mystère, s'attelle à chercher le moindre indice permettant le
raisonnement par inférence. Elle nous convainc que si le portrait
comporte une part des règles acquises, le contenu iconique est
souvent identique dans les objets, l'aspect symbolique étant bien
distinct dans l'un et l'autre cas.
L'humanité elle-même, en tant qu'elle s'interroge sur le monde, sur
son identité, sur son patrimoine, sur son archéologie, les
civilisations, les écritures, en tant qu'elle recherche une "vérité"
ou un "sens", en tant qu'elle questionne ou interprète, ne peut se
représenter ce que la nature et le passé lui a laissé qu'à la
condition de se projeter en elle, et d'essayer de s'y retrouver.
Les grands artistes sont ceux qui mêlent la solitude à
l'universalité, la subjectivité à l'objectivité, la spontanéité à la
discipline, et tel est peut-être le vrai miracle de l'art, de la
recherche, qui le distingue des techniques comme des sciences. «
L'art fait jaillir la vérité » a dit Heidegger. D'un seul bond
qui prend les devants l'art fait surgir l'œuvre en tant que
sauvegarde instantanée, "la vérité de l'étant". Cette vérité n'a
jamais été celle des sciences, toujours faite de concepts et
d'abstractions. La puissance des informations et des images que nous
découvrons dans le site de Ode nous montre que la recherche et la
vérité de l'art sont toujours pratiques, toujours éminemment
silencieuses et révélatrices quand les suppositions prennent un
caractère d'authenticité basé sur une étude approfondie et sérieuse.
Il s'agit là de la vérité de l'être, pour autant que nous sommes
capables de l'accueillir.
L'Art, le maniement des objets, des symboles, est un désir
d'éternité. C'est parce qu'il a toujours quelque chose à rechercher
que l'homme crée. Un peu à la manière de ces aventuriers partis à la
recherche de la Toison d'Or, du Graal ou de l'arche perdue, Ode nous
conduit au travers de son admirable travail de compilation et
d'imagination, vers ces possibles horizons secrets où le Trésor est
le fruit d'une logique interne ; le parcours est cohérent. Cette
grande réflexion, ses idées, son analyse du pourquoi, du comment et
du devenir, a aussi valeur esthétique ; elle ne nous propose pas des
solutions toutes faites, elle nous invite dans un travail très
personnel et perfectionniste, à découvrir en profondeur cette
harmonie cachée qui régit tout ce qui est, au travers de la
structure du supposé ainsi que du réel. Elle s'interroge et en même
temps nous interpelle, de superbe manière, sous l'aspect informe et
fuyant de la matière.
André Laugier, poète et critique littéraire.
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