Tu ne fais rien - tu ne sais rien
Tu vas tu viens et tu t'étonnes
Tu te sais là - ailleurs aussi
Lorsque mon âme s'abandonne.
Aimé ou haï, désiré ou craint
Tu ne sais pas ce que ton image 
Me raconte en parlant de toi.

Ils sont des mots qui me reviennent
« Toi, prends ma main
Lis... rêve..»

Et d'autres encor

« De tous les mots prêts à se dire,
Quel est celui
Que tu ne saches ?

En est-il un
Dont les atours, selon la phrase,
Te soit vraiment un inconnu ?

Tu les sais tous. Lors ne me reste :
Que j'aille te surprendre ainsi,
En y mêlant avec adresse
Bon sens et déraisons,
Le vertueux partage
Où je trempe des riens,
Mais qu'un rythme relance,
Et puisque dépouillés ont besoin d'imprévus.
 "Allons prends ma main et viens dans cette ronde,
Je veux, ma chance aidant, te faire un peu rêver"! »



T'aimer ou te maudire, tu t'interroges
Je te dirai que dépouillés
N'ont besoin de l'être davantage.
Que ce n'est que déraison et non bon sens
Tout ce mal d'aimer qu'avec adresse
Tu as su semer aux quatre vents !



Tu crois ne mériter ni l'un ni l'autre
Et pourtant, tu sais bien plus
- As fait bien plus -
Pour t'exposer à l'un et l'autre !



Si le rocher prend ton empreinte
Tout comme tu as foulé un cœur
Tu aimes que l'on t'aime et ma crainte
Est que tu recommences dans tes ailleurs...



Masqué tu avances et si tu as peur
Tu as raison : c'est de toi-même
Tant il est vrai qu'à chaque fois
Tu ne sais où ton pas mène.



 Ce que tu dis par contre est là,
Philtre qui râpe ta langue,
Les mots te viennent, dans la foulée,
Avec leurs goûts de ciel et de cendres...



À leur voyage habitué
Habile, tu dessines une maison autre
Pour tromper ton ennui.
Qui ne se méfie n'est pas libre
D'entrer ou sortir et de garder
En son âme, les goûts que tu verses
Sachant qu'ils sont de toi
De nul "au-delà" de cette ligne
Car tous les soirs le soleil file
Et toi tu files aussi, sage
Pour écouter ce que demain
Tu confieras habilement à la page
Pour séduire l'autre sous ton passage.



Ce ne sont les vents porteurs d'oracles
Venus d'ici ou bien d'ailleurs
Qui sont complices de tes méfaits
C'est ta folie, ton grand orgueil
Venus de ta tanière ou de tes palais royaux
Où tu caches tes maux, les transformes en mots
Pour âme sensible en mal de verbe.
Tel un sorcier et ses rites de passage
Habilement tu tournes la phrase
Pour te délivrer de ta prison.



O ! Elle voit bien ce que tu couches
À lire et relire tes grimoires
Jusqu'à en vouloir lier son sort au tien
Lier son cœur n'était pas sage
L'âme est frappée, douleur
Deuil et affliction
Au point que vient ton ombre
En recouvrir ses jours et ses nuits
À te chercher dans tous les signes
Te dévêt, te voit, te veut, t'embrasse
Au point d'aimer cet inconnu
Et puisque ainsi est passé le rêve,
Le jour ne veut qu'être délivré
Et cherche - ô chance superbe -
De connaître enfin ta vérité.
Le fil d'or est rompu
Au rite des amants perdus.



Tu ne sais rien - tu ne fais rien, crois-tu
Tu vas - tu viens - c'est la rencontre:
Des mots mensonges et puis des leurres
À peine un ton et quelques riens,
Par-dessus tous les simulacres des silences...
Fil de coton serre le lien,
Ne tiendra pas temps ou distance.



Regarde au loin - regarde-la -
Si tu la sais, alors l'écoute:
Jamais elle n'aurait dû te lire
Jamais n'aurait dû t'écouter, ainsi t'aimer
Jamais n'aurait dû se laisser séduire
Par toi le loup, en poète déguisé.



O ! Que tu éteignes ta lampe
Que tu mouches la mèche et la délivrer
Que ton calame enfin se taise
Et faire ce que tu fais le mieux, t'isoler...



C'était novembre, c'était le dilemme,
Entre l'appel et l'abandon,
L'un qui mentait comme l'autre avait peur,
Trahir, c'est mentir aussi !
Ô le cirque des inconsolables,
La complainte des arrière-fonds,
De l'hymen la trahison
Qui tombe, brutale,
Au croisement des chemins de l'abandon.



Le semainier n'est plus à la cheville
Plus de précieux bijoux,
Avec les mots, sont fondus dans le bronze,
Les amours mortes sont scellées,
Un orfèvre est passé...



Tu le sais ne reste de trace :
Celle de survivre seulement,
Le jour l'éteint - la nuit l'harasse
Et de calme il n'en est plus.
« Obtenir rompt, attendre attise »
Attise quoi - attise qui ?
Alors attends si cela te trouble !
Regarde ! Elle est partie...



Tu ne sais rien, lors tu découvres
En place de savoir qui tu es,
Ce que dit l'autre te renseigne,
- N'en as-tu pas fait ton métier -
Quoique ce qu'il dit, peu te chaut, je sais !



Tu savais - sentais - que l'on s'écartait
De la croisée où l'on se vivait,
O je sais, l'absence n'est plus celle des avants
Elle brûle, elle tue à petit feu
C'est la plus froide des présences
Qui lance un cri de mort à l'oubli
Tu as abandonné un peu de toi-même
À ton propre jeu, tu t'y es pris
Du fait seulement de ta plume
Qui laisse l'autre au sol couché,
Un peu comme toi qui divagues,
Cherchant l'objet que tu ne sais !
Subitement tu le trouves,
Cela te donne une autre voie...



Pose veux-tu, pose la page noircie
Et n'en retiens pas que les émois,
Si tu t'es plu à l'écrire,
Et qu'elle touche à la pointe du cœur
C'est que ton dessein a touché le but
C'est bien que la fortune
Quelque part t'aura servi un vin nouveau.
Et dans l'impossible et pourpre robe,
Qui aura happée mon âme, j'éviterai alors,
D'y glisser fort ton personnage,
Trop occupé dans ses ailleurs
À préparer quoi ? D'autres malheurs ?



Tu n'étais là que de passage,
Mais seul toi le savais
Que de service selon la cause et ton chemin
Peut tout au plus croiser les autres,
Mais jamais plus: je lâche ta main...



Il est, je sais, des papillons
Qui traversent les continents,
Ne se posant que sur les fleurs,
Le suc se fait leur ciel de lit.
Le vent portant cette myriade,
Fait du vide un puissant Monarque.
Ainsi le veut le Papillon de passage,
Ce qu'il laisse en souvenir,
C'est qu'il butine et continue sa route
Laissant tout derrière lui sans jamais revenir.



Comment - pourquoi - il n'en vaut pas la peine
De tenter de sonder et de savoir,
Savoir que la nuit précède le jour,
Qu'une femme est malade d'amour,
Que les congères referont surface,
Que l'automne annonce le froid qui mord
Qu'après la vie il y a la mort
 Laquelle, muette à jamais, taira les amours
Qu'elle frôlait comme caresses
Et desquelles elle aura eu raison.
Que de les savoir éphémères
Brûlant les jours des restes de vie.
Que l'Amour qui est tenace
Reprend à chaque tournant un nouveau visage
Même s'Il ne dit que "Bonjour" en passant
Passe, tourne le dos et la page
Et fait tourner, de Don Quichotte,
Les moulins à vent.



Et tu l'entends, quand sur ta couche
Tu te cherches un dernier sommeil,
Te dire que sans toi le monde
Tournait déjà, puis tournera
Mais bien que tu ais dit le contraire,
Tu fais tout pour que l'on ne t'oublie pas.



Et si en mai tu manques à l'appel,
L'éphémère en portera le deuil,
Ainsi, au jour de ta sépulture,
Les papillons iront se poser sur les feuilles
Nul ne verra ce que recèle ton tombeau
Tu emporteras avec toi tes secrets,
Le mal que tu as fait
Et on dira de toi :
" C'était un bien gentilhomme
Ce qu'il était courageux
Passer par tant d'épreuves
Et tenir la tête haute,
Quel homme valeureux !"



Et on chantera tes chansons
Un fois fini, on t'oubliera comme de raison
N'est-ce pas ce que tu demandais ?
L'ombre s'allonge et l'indulgence
Quelle affiche en taisant tes ans,
Te prête un masque au temps qui passe
Et au temps passé où déjà tu le portais.



Alors enfin, un grand respir
Te renverra vers l'infortune
Ce dont sont faits tes jamais.
Et d'ici,
Je t'entends hurler, loup !




Jamais la vie ne fait autant la belle que lorsque renaît l'Âme du Papillon


Ode



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