

~*~
I
Adieux, poète que le calame porte
Adieux, années des âmes mortes
Adieux, toi que les guerres portent
Suicide déguisé, depuis qu'elle est morte
Adieux !
Adieux ! C'est pour sauver mon âme
Que je fuis
Mon âme rendue à Port-Joli
Mon âme remplie de mers, de lunes et de soleils
Mon âme au pays d'émerveilles
Officier, Adieux !
Je te laisse à ton destin
Sur fond de toile de sables en camaïeux
À tes mots, sur papiers fins
Adieux !
Adieux à ton nid
L'oiseau fou
Adieux à ton Midi
Adieux, loin de toi
Je m'enfuis
Le temps est venu
Fini les folies !
Adieux, Officier !
Quand le vin est tiré
Que s'enivrent l'oiseau et
La belle
Qu'ils s'envolent à tire-d'aile
Adieux, Officier !
Ta table est désertée
Car trop lourds pour elle
Les mensonges bordés de dentelles
Devant un destin trafiqué
Adieux, Officier, adieux !
Adieux ! Orageuses et belles furent nos amours
Don de la terre, don divin
Adieux, car de la terre que je façonne, je fais mes demains
Adieux, Officier, tes caresses furent de velours
~*~
II
Adieux, Officier !
Je quitte avec mon roseau effilé
Sur les ailes des blancs voiliers
Je quitte vers la vérité
Adieux, Officier !
Adieux !
Adieux, Officier !
Je sais que loin de toi
Mes lendemains se feront sereins
Je penserai quand même à toi à tous mes matins
Pour ne pas oublier
Adieux, Officier !
Adieux, Officier !
Une ritournelle tourne en ma tête
Ce sont les chants marins
Des bélougas moins bêtes
Que les humains
Adieux, Officier !
~*~
111
Adieux, Officier !
Que tourne la fable
Et tourne le destin !
Je lève la tête, je quitte demain
Je m'en vais, Officier
Je longerai le Grand-Fleuve
Jusqu'à mes mers intérieures
Répondre à l'appel du cœur
Triompher de l'épreuve
Je laisse ta main
O ! Pourquoi m'as-tu trompée
Pourquoi meurent les amours condamnées
Quand l'heure bleue est si belle de ses odeurs
Quand la fibule à ma hanche brille de tous ses feux
Adieux, Officier !
Je ne reviendrai
La mer trop belle m'a déjà harponnée
Elle a ancré la table
Pour un autre festin
Celui de mon amour de l'Ancien
Du vent du large, des marées
Et de mon pays, les beaux marins
O ! Si tu entendais ces chants marins
Comme ils m'inspirent la liberté
Sculptures de pierres et de sables
Romans, poésies et fables
Entends la ritournelle, si tu savais, Officier
Comme s'ébat le goéland devant mes yeux étonnés
En compagnie de sa belle, vision inoubliable
Et le phare de l'île au loin,
Entouré de ses voiliers aux ailes d'anges…
Ici il n'y a plus de mort, que la Vie au quotidien
O ! Officier, comme je vais te regretter
Comme il fut bon ce temps de tes dire
De ton pays, de notre faim
Elle était belle ta table
Mais dessus il n'y avait qu'illusions, presque rien
J'en garde cependant les odeurs éphémères et aimables
O ! Officier
Comme il fut beau mon présent à ta table !
~*~
IV
O ! Combien est splendide le Grand-Fleuve
Qui débarbouille le Chemin
Comme pure est son eau qui baptise le destin
Du pèlerin, le retour des errances
Au rythme de ses vagues et de ses marées
Officier, lorsque tu viendras
Il te faudra ce chemin emprunter
Pour la paix de l'âme, retrouver sous tes pas
Adieux, Officier !
Adieux !
Ton banquet, Officier, était exquis...
~*~
Ode
20 août 2002
Inspiré du poème « Milord » de Yves Drolet
Création Ode©
Oeuvre de Jean Cocteau
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